@ Rue,
La composante irénique, pardonniste est ancienne n’est-ce pas ?
C’est donc depuis la nuit des temps que nous pétrissons à la fois nos dispositions à l’hystérie (dans laquelle il y a nos passions pour une belle, pour une Ferrari, pour un diamant, pour des tulipes...) et nos dispositions à nous en calmer, à dépassionner et à pardonner.
Ce qu’on appelle Progrès intellectuel c’est la poursuite de ce pétrissage de ces deux dispositions. Poursuite qui se fait, au fil des siècles, de façon de plus en plus consciente, comprise et racontée.
Le Progrès c’est cheminer encore de cette manière.
Ce n’est pas arriver quelque part. Ce n’est pas vaincre, ce n’est pas éradiquer le Diable.
Le Progrès c’est le pétrissage, c’est le débat de ces deux tendances, c’est la poursuite de ce pétrissage. Le progrès dans ce Progrès consistant seulement à en avoir conscience et à le dire.
De même qu’il n’y a pas de grand s’il n’y a pas de petit, qu’il n’y a pas de chaud s’il n’y a pas de froid, qu’il n’y a pas de Bien s’il n’y a pas de Mal, il n’y aurait pas de pardon sans vengeance.
Rien n’apparaîtrait doux, aimable et tendre si tout l’était.
Ainsi, nous devons, en nos moments irénistes, dénoncer à notre tour la vengeance et la haine, mais ne pas espérer voir les pulsions colériques disparaître.
Nous aimons les passions amoureuses tout en appelant à la raison quand elles ne nous saisissent pas ?
Alors nous devons aimer les haines tout en appelant à la raison quand elles ne nous saisissent pas.
N’espérons surtout pas que la Terre devienne un paradis où, sans haine ni irénisme, il ne resterait qu’une ataraxie.
Quand j’expose ce point de vue, beaucoup se demandent comment il est possible de bien défendre la paix quand on admet la guerre.
Ils pensent alors de manière trop manichéenne. Car admettre la guerre n’est pas n’admettre que la guerre. C’est admettre la guerre et la paix. La paix dans la guerre et la guerre dans la paix (ce qui est la réalité de toutes les situations)
Quelques uns, parmi nous, sont professionnellement formés à changer très rapidement et radicalement de position.
Par exemple les traders, qui après avoir acheté à 10h, doivent, sous peine de catastrophe, être archi ouverts à défendre la position inverse et donc revendre dans l’heure qui suit si quelque évènement leur montre qu’ils sont à l’envers. (Niveau zéro de l’ego ou de l’orgueil)
Par exemple les médecins du SAMU. Ils nous sortent d’une voiture pliée, ils foncent vers l’hôpital en se jurant de tout faire pour nous sauver et en une seconde, quand notre EEG s’arrête, ils inversent leur position et voient en nous des organes à récupérer. Pas une larme, pas un chagrin, pas d’ego.
Si j’avais été au Pouvoir en 14-18, peut-être aurais-je actionné la guerre tant il y avait de gens qui y tenaient. Mais dès que j’aurais vu la scène de fraternisation entre tranchées ennemies au moment de Noël, j’aurais fait valoir cette aspiration des soldats tellement concernés par les batailles pour inviter à la paix.
Qu’une guerre éclate en raison d’accumulation de tensions OK, il faut que ça décharge. Mais dès les premiers sangs versés, donc dès les premièrs soulagements, regrets et hontes, il faut avoir le réflexe de rappeler à la paix ; Il ne faut pas attendre 10 millions de morts et les épuisements extrêmes. Il faut faire une paix quand on est encore debout et en forme.
Il faut faire la paix, non la subir.
Concernant l’apaisement au premier sang versé, c’était quelque chose qui se réalisait assez souvent lors des duels. Pour cause, il n’y avait que deux protagonistes en jeu, chacun redoutant autant de l’autre, de trépasser à cause de son ego.
C’est bien entendu plus difficile quand on est cent ou mille à se crêper le chignon mais chacun doit tout de même conserver le réflexe d’appeler au STOP au plus vite.
Ce que je regrette donc, c’est que ce que je dis ici : acceptation de la guerre et de la paix + réflexe à stopper au premier sang, je sois le seul à le dire.
Les gens préfèrent tenir un discours soi-disant pacifiste, excluant complètement la guerre et pourtant, ça ne l’empêche pas de se produire, les discours s’étant alors inversés, et quand elle a démarré, personne ne dit stop au premier sang versé.
Prenons par exemple DSK Dialo
Après tout c’est une histoire entre deux personnes et il n’y a pas eu de meurtre. Il était donc possible qu’au moins après leur épisode vif, une fois les esprits décantés, qu’ils trouvent une voie de pacification.
Au lieu de cela, la très très grosse artillerie qu’est la Justice d’en est saisie, en plus les médias s’y sont mis, en plus 3 milliards d’’Hommes s’en sont mêlés et chacun exigeant, avec toutes sortes de discours, que ça devienne un affaire d’Etat, une affaire énorme, Exemplaire et d’Impact Mondial. Cause des femmes ici, cause des immigrés là, cause du libertinage ici, cause de la Justice là, cause de la cause partout (chez ceux qui ont tribuné en tous cas)
Alors que Dreyfus, qui a conduit à des drames d’ampleur, avait tout de même démarré sur un problème d’Etat, l’affaire DSK Dialo pourrait conduire à des drames de même ampleurs tout en ayant démarré sur un terrain hyper privé.
A mon sens, DSK & Dialo avaient à se foutre dessus un moment pour vider leur sac et on avait alors à arbitrer pour que la chiffonnade se passe de manière équitable ou égale (la nuance étant une grande affaire). Mais dès les premiers coups échangés, j’aurais invité à passer au thé.
Jamais je ne me serais servi d’eux pour mener quelque bataille idéologique me tenant à coeur. Jamais je ne les aurais utilisés. Jamais je ne les aurais davantage excités l’un contre l’autre. Jamais je ne serais allé à raconter à l’un que l’autre le méprise.
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