@ Moi l’arabe l’algérien le musulman
Allez donc voir si Bourguiba mangeait dans les mains des Français au moment de Bizerte et quand il protégeait, sur son territoire, les combattants du FLN. Allez faire un tour du côté de Souk-Ahras, de Tébessa, de Guelma, de Ouenza. On s’en souvient encore.
J’ai longtemps vécu à Tébessa au temps de Boumediene. Je me souviens que presque chaque soir, en allant rendre visite à des amis algériens, ils regardaient presque tous la télévision tunisienne. Bourguiba y parlait pendant des heures, environ une fois par semaine. Le programme était particulièrement bien suivi. Souvent, je passais la frontière et j’allais du côté de Kairouan ou de Gafsa. J’y trouvais un pays moderne, propre, qui contrastait avec ce que je voyais régulièrement du côté de Constantine, de Batna, de Tizi-Ouzou, sans parler d’Alger, ou d’Oran.
A propos d’Oran, je vous signale qu’à cette époque c’était encore un Français qui gérait le port car la wilaya avait eu trop de problèmes avec les responsables locaux. Il fallait voir alors ce qui se passait alors en rade d’Alger ou d’Annaba. Certains bateaux restaient plus d’un mois en mer avant de pouvoir décharger.
Pour ce qui est de Jacques Berque et de « L’opium et le bâton » écrit par Mouloud Mammeri, ouvrage qui figure en bonne place dans ma bibliothèque, j’y trouve toutes les contradictions qui font encore l’Algérie d’aujourdhui, puisqu’il fait dire à l’un des protagonistes qui, dès la page 13, exposent le thème du roman (Béchir et Ramdane) : « Une révolution bien faite devrait fusiller les intellectuels, en tout cas ceux qui ne se contentent pas de répondre : présent, le petit doigt sur la couture du pantalon et la vue basse. »
Je ne dis pas que Mouloud Mammeri ait tenté là une profession de foi. Mais à se référer à un texte, autant que ce soit tel qu’il a été écrit. L’opium et le bâton, ça veut bien dire qu’en toutes circonstances, il y a deux attitudes possibles, d’un côté comme de l’autre.
Quant à Jacques Bergue, je n’ai qu’à vous citer le titre d’un de ses ouvrages les plus connus, « Le Maghreb entre deux guerres ». L’ouvrage a été édité en 1962. Quelle est donc la deuxième guerre qu’il a pressenti alors ? A la fin de l’ouvrage, page 423, il écrit : »Le débat islamo-méditerranéen dont ce livre a voulu saisir une phase, considérable sans doute par le défi, et pathétique pour nos cœurs, reste assez limité dans l’espace et dans le temps ». Le futur a rattrapé douloureusement monsieur Berque. Cette considération dénote un manque de clairvoyance manifeste dont il n’a jamais eu le courage de se repentir.
En France aucune synagogue, église ou cathédrale n’est financée par l’état si elle n’est pas considérée comme un monument historique. La Grande Mosquée de Paris, construite il y a plus de cent ans près du Jardin des plantes et donc bien visible depuis les bords de Seine, bénéficie à juste titre de ce statut et ses bâtiments, hammam compris, sont entretenus par l’Etat. Je soulignerai néanmoins avec de nombreux républicains acharnés l’anomalie des rapports entre l’Eglise et l’Etat en Alsace.
Je vous remercie de m’avoir indiqué l’origine sémantique du mot Kabylie ui, si devait en rester à cette considération, aurait pu tout aussi bien s’appeler « Leftie » puisque, comme vous n’êtes pas sans le savoir, le Left est une confédérations de qabila.
Je ne considère pas cette région comme juive ou chrétienne. J’ai simplement rappellé un fait historique bien connu, qui est soigneusement effacé de la conscience politique de ce peuple qui a droit à autant de respect que les descendants des envahisseurs arabes qui les ont plus ou moins tourmentés pendant des siècles.
Pour ce qui est des « courbettes » que les Kabyles « nous » feraient en changeant le prénom de leurs enfants, décidément, c’est une obsession chez vous, ce complexe de la soumission. Ne serait-ce pas dû au fait que vous vous proclamez « esclave » ou « serviteur » de Dieu (selon la signification que l’on veut ben donner au terme Abd’) et que pour beaucoup de « pratiquants du vendredi » j’utilise l’expression come on dit « peintre du dimanche », l’essentiel de la dévotion se résume un peu trop à des prosternations face contre terre ? Je me souviens d’une couverture de l’excellent périodique marocain « Tel Quel » qui titrait, il y a juste deux ans, « Marocains, serions nous serviles ? » A méditer.
A noter que quand Bouteflika a eu un peu trop de problèmes avec les Kabyles, il est allé demander du renfort à leurs « cousins » Berbères, les Touaregs de Tamanrasset. C’est bien de jouer à saute-moutons.
Pour ce qui est de l’archevêque d’Alger, là aussi, êtes-vous assez naïf pour croire qu’il est libre de toutes ses déclarations ?
A propos des lieux de mémoire en souvenir de Koseïla et de la Kahenna, vous seriez très aimable de m’indiquer où ils se trouvent pour parfaire ma documentation sur le sujet. Je vous signale en outre, que les ruines de la Kalaâ des Beni Hammad (près de Tiaret) ont longtemps été interdites à la population algérienne et qu’elles étaient gardées par l’armée algérienne. Je m’y suis moi-même cassé les dents. Il faut dire qu’elles témoignent de la puissance d’un royaume berbère qui avait réussi à imposer son influence à vaste territoire. Plus tard, les Beni Hammad se sont installés à Béjaïa. Une avenue de cette belle ville porte-t-elle leur nom ?
Alors, n’allez pas comparer Pierre et Marie Curie aux Berbères qui se sont battus contre les Arabes. Votre comparaison est ridicule. Nombre d’immigrés ont choisi de changer de prénom ou de patronyme à partir du moment où ils avaient décidé de changer totalement de vie. Quoi de plus naturel. Le nom, ce n’est pas génétique. Vous voudriez donc traiter les individus comme des marques déposées, avec des copyrights et des droits d’auteur ?
Et les Kabyles qui sont les Corses de l’Algérie ? Il y a pourtant une différence patente que vous passez, peut-être intentionnellement, sous silence : chez nous, on dit (ou on médit) que les Corses ne sont pas franchement portés sur le travail. En Algérie (mais pas seulement), on a longtemps prétendu que ce sont les Berbères qui, bien souvent, se tapaient tout le boulot, pendant que les Arabes palabraient.
Patrick Adam
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