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Patrick Adam 27 août 2006 18:36
Patrick Adam

@ Ariel sharon

Au Maroc, il y a 48 % d’analphabètes. Chiffre officiel... La réalité... A voir.... La majeure partie de ces analphabères sont Berbères et ne connaissent rien à la langue arabe en dehors des versets du Coran qu’on leur a fait apprendre par coeur quand ils étaient enfants. Une loi a été édictée récemment pour enseigner le berbère à l’école. Cette loi n’est pas appliquée, certains recteurs la refusent catégoriquement. Je connais bon nombre de professeurs berbères qui s’en plaignent. D’autre part, un institut berbère vient d’être créé par le roi. Il est chargé de promouvoir la culture berbère (et non l’identité). La première décision qu’il a eu à prendre a été d’officialiser la graphie dans laquelle le berbère devait être transcrit. Il avait trois possibilités à sa disposition : transcription en caractères arabes, transcription en caractères latins, ou restitutions des anciens caractères berbères dits tafinag. Après un long débat, c’est la troisièrme solution qui a été retenue. A première vue, elle semble logique, mais à l’analyse, elle s’avère être un frein volontairement tiré pour la difusion de cette langue.

En effet : réécriture de tous les textes anciens (notamment ceux relevés et préservés de l’oubli au temps de la colonisation). Difficulté de diffusion de programmes informatiques permettant cette transcription. Obstacle mis entre entre différents groupes berbères d’autres pays (Algérie, Tunisie et Lybie). La solution en caractères arabes était rejetée de façon catégorique par les Berbères lettrés trop heureux de se débarrasser d’un joug vieux d’une dizaine de siècles. Celle en caractères latins qui avaient leur préférence ne pouvait être acceptée par les décideurs arabes (donc pas directement concernés par le problème) qui prenaient ça comme une capitulation et un échec trop évident de leur politique d’arabisation à marche forcée.

Cette situation n’est pas sans rappeller la décision d’Attaturk faisant échapper le turc de la graphie arabe et le projetant dans la modernité grâce aux caractères latins.

Ca, c’est la réalité. Tout le reste, c’est de la littérature. Mauvaise certes, et de mauvaise foi, comme d’habitude. Je vous donne deux exemples tirés du quotidien :

I - dans les tribunaux de nombreux plaignants berbères sont confrontés au fait qu’ils ne comprennent rien aux débats menés par le président du tribunal (toujours en arabe).

II - Dernièrement le roi a décidé de crééer un organisme (Instance Equité et Reconciliation) chargé de faire la « lumière » sur ce qu’il est convenu désormais d’appeler les « années de plomb » pour désigner la manière dont son père a gouverné le pays pendant trente ans. La télévision marocaine a organisé une série d’émissions dans diverses provinces du royaume où les gens qui avaient vu des membres de leur famille « disparaître » sans laisser de traces ont pu s’exprimer et demander que justice soit faite. Or ces interventions (la plupart du temps en berbère - allez savoir pourquoi...) n’étaient jamais sous-titrées. Ainsi la population arabophone zappait régulièrement. Je connais des dizaines de Marocains (Berbères) qui m’en ont fait la remarque, soulignant que c’était la meilleure solution que le régime avait trouvée pour faire en sorte qu’une bonne moitié du pays ne s’intéresse pas de trop près à la question.

Moi, ne parlant ni l’arabe littéraire, ni l’arabe populaire, ni le berbère chleuh, ni le berbère rifain, ni la langue hassania des Sahraouis, j’ai dû m’en remettre à des amis traducteurs. Soyez cependant assuré que j’ai toujours eu la bonne version.

Bien à vous. Patrick Adam



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