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Patrick Adam 28 août 2006 12:27
Patrick Adam

Salut frédéric K H

Merci pour votre intervention qui permet de se creuser agréablement la tête. Votre commentaire est des plus intéressant. Mais aborder une étude philologique des textes sacrés induit une première constation incontournable : ces textes n’ont pas été écrits de la même façon et ils ne nous sont pas parvenus par des canaux similaires.

Bien sûr, la traduction est un élément important dans l’appréciation d’un texte, mais cette traduction n’aurait de valeur que si elle était capable de retransmettre (« en temps réel » comme on dit aujourd’hui) les mécanismes de composition du texte, avec ses ratés, ses rajouts et leur historicité qui seule peut nous donner une explication aux multiples contradictions qu’ils contiennent. Exemple notable du Coran dont les sourates sont classées par ordre de taille décroissant (aberration totale...) au lieu de l’être par ordre chronologique de leur « réception » par Mahomet.

Lorsque vous dites « les textes bibliques ou le Coran ont une histoire chacun » qu’entendez-vouspar là ? Est-ce une histoire post révélation ou une remontée dans le temps pour mieux comprendre les liens qui rapprochent les textes et les différences notoires qui ont été à la base de la spécificité des cultures qu’ils ont engendrés.

Le problème que le monde rencontre aujourd’hui à propos des trois religions dites du Livre, c’est que le christianisme et le judaïsme ont fait un effort remarquable pour affronter cette historicité, et que l’islam ne l’a pas fait (ou si peu).

Quel musulman sait (et peut admettre) aujourd’hui qu’il y eut plusieurs versions du Coran ? Que c’est après la conquête de l’Arménie (an 648) que le le calife Othman s’est vu contraint de mettre de l’ordre dans les textes de droit pour administrer les terres conquises. C’est une commission qui fut chargée de ce toilettage, et Hafsa, épouse de Mahomet, fut appelée à la rescousse afin de l’autentifier. Mais les traditions divergent quant à la composition de la commission et la place que tint Hafsa.... Pourtant, l’unification du texte ne fut pas réalisée d’un coup de baguette magique et plusieurs textes circulèrent durant des décennies. Différentes communautés de musulmans s’opposèrent à la démarche d’Othman, notamment en Egypte (haut lieu de la chrétienté à l’époque) ainsi que les partisans d’Ibn Masud’ détenteur d’une compilation du Coran personnelle et personnage considéré comme le plus docte en Coran. L’histoire de ces divergences serait trop longue à rapporter ici. Notons seulement qu’on a pu écrire que se sont longtemps opposées des recueils dits d’un « Coran des pauvres », contre la version officielle ou « Coran des riches » qui faisait la part belle aux commerçants de La Mecque et à ceux qui voulaient profiter de la nouvelle religion pour étendre leur empire politico-religieux.

Ainsi que vous le dites : « Faire l’impasse sur cette histoire est finalement source de nombreuses violences. »Mais les musulmans sont-ils peu à peu guidés vers cette connaissance indispensable à une bonne lecture ? Hélas, on peut affirmer le contraire sans risque de se tromper. L’obscurantisme des néos-chrétiens déterministes est heureusement moins répandue que celui des archéo-islamistes qui veulent replonger le monde dans l’époquée sanglante des grandes conquêtes d’un islam triomphant.

Nous sommes donc en face de trois texts écrits dans des conditions différenets, et qui nous sont parvenus par des canaus tout aussi différents. Difficile d’un trait de plume de les mettre dans le même panier.

I - La Bible a été compilée une première fois en grec sous du pharaon Ptolémée qui voulait conserver dans la bibliothèque d’Alexandrie la totalité des écrits du monde connu d’alors. Chaque bateau qui gagnait un port égyptien se voyait fouillé et les documents qu’il contenait était soigneusement recopiés. Ce fonds constituait ce qu’on appellait le « fonds des navires ». Cette première traduction fut plus tard retranscrite en hébreu en se servant des traditions orales encore en vigueur dans le peuple juif. D’où l’origine identifiable des versets dits « éloïstes » et de ceux dits « yavistes » depuis longtemps étudiés par l’exégèse.

II - Le Coran, est considéré comme un recueil de préceptes divins transmis aux hommes par le « canal » de Mahomet. Recueillis par plusieurs de ses disciples, le corpus officiel ne fut établi que plus tard (califat d’Othman) mais certains versets sont aujourd’hui encore contestés par les Chiites qui proclament en outre que plusieurs d’entre eux (concernant Ali) ont été supprimés).

III - Les Evangiles ont été rédigés par des rapporteurs témoins ou pas de la vie de Jésus. Ces textes ont été pour la plupart remaniés par leurs dépositaires ou leurs disciples suivant la communauté culturelle à laquelle ils appartenaient : Egyptiens, Syriens, Juifs, Grecs, etc.). quant aux Actes des Apôtres, aux différentes Epîtres et à l’Apocapyse, il faut attendre près de trois siècles pour que l’église se mette d’accord sur un canon apte à satisfaire les différents communautés chrétiennes de l’époque.

Nous sommes donc, bel et bien, devant une histoire très différente. Il est donc normal que la lecture de ses textes en ait été influencée au cours des siècles. Je reviens donc toujours à mon idée première : à quand un véritable étude philologique du Coran et non une éternelle « pamoison » poétique devant un texte parfois bien surréaliste et bourré de contradictions.

Vous parlez de la violence présente dans tous les textes. Non. Si elle l’est effectivement dans l’Ancien Testament et dans le Coran ainsi que dans quelques passage des Epîtres de Paul, elle est toalement absente des Evangiles proprement dits qui, au contraire, diffusent un message radicalement opposé à la justification de toute forme de violence.

Chaque époque historique lit les textes anciens (sacrés ou profanes à la lueur de la philosophie avec laquelle il vit son présent). Voyez le sort que les historiens réservent aujourd’hui à la guerre de 14-18. Le propre d’un historien est de venir nous dire : « Attention, ce que vous avez lu jusqu’à présent n’est pas vrai ou est déformé. Moi je vais vous donner une vision plus juste, plus précise ». Depuis Michelet tous les historiens ont sacrifé au mythe et c’est tant mieux puisqu’ainsi notre vision du monde s’en est trouvée élargie. Mais avons-nous perçu une « vérité » historique à travers eux ? Non bien sur. Plus tard encore, d’autres historiens viendront mettre le doigt sur des aspects que nous n’aurons pas perçus. Voyez le monument de bêtise qu’adété la proclamation de la fin de l’histoire par Fukuyama. Du crétinisme à l’état pur.

Alors bien sûr, jusqu’à la fin des temps il y aura des traductions différentes des textes fondateurs, vus au prisme de ceux qui auront un message différent à faire passer à leurs lecteurs. Une traduction n’est jamais neutre. Et il est inutile de disserter des heures durant sur le fait de savoir comment Mahomet concevait le djihad il y a 1300 ans. Le plus important est ce savoir aujourd’hui comment ce terme peut être compris par des masses bien souvent illettrées et chauffées à blanc par des agitateurs.

Je n’ai pas cherché à aborder le problème du pélerinage à La Mecque, ni dans les textes qui en proclament le principe, ni dans la façon dont il est pratiqué. Le sujet mériterait à lui seul un long développement. J’ai souligné seulement que (bien souvent - et je souligne ce bien souvent) le pélerinage était considéré par le croyant comme une remise à zéro du compteur avant le grand voyage. L’usage est bien ancré dans les trois pays du Maghreb que je connais bien, de permettre à l’homme (la femme ouallou) de jouir d’une assez belle liberté durant sa jeunesse (célibat jusqu’à la trentaine et parfois au-delà, alcool, et adultère en tous genres) mais qu’à partir d’un certain âge, il se devait de rentrer dans le rang (mariage - vie de famille rangée) et qu’en dernier ressort, la fréquentaiton assidue de la mosquée et la pratique des cinq prières quotidennes lui assuraient un sérieux viatique pour l’au-delà.

Pour ce qui est des versets cités concernant le sort réservé aux animaux d’abattage ou de sacrifice, je trouve sinistre qu’une religion s’arrête à de telles pratiques. Traductions ou pas. Une religion s’identifie trop souvent aux rituels qu’elle demande à ses ouilles de pratiquer. Là aussi, je pense qu’il serait utile de faire une distinction très nette entre celles qui sont restées aux rites primitifs de l’humanité (sacrifice sanglant - prosternation à répétition - lapidation...) et celles qui sont passées au stade de la symbolique.

Je vous remercie d’avoir amené la discussion sur un terrain qui m’intéresse beaucoup. J’espère continuer nos échanges dans ce sens.

Pour terminer je reprendrai votre dernière question pas si idiote que ça : « Pourquoi Dieu a envoyé tous ses prophètes dans la même région ? » pour la compléter par cettte réflexion : pourquoi Dieu a donné à certains hommes des prophètes rouspéteurs et empêcheurs de tourner rond, quand d’autres ont eu le bonheur de n’avoir que des philosophes prodigieusement humains pour aiguiser leurs neurones et faire battre leur coeur ?

Cordialement. Patrick Adam



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