Chère Claude,
Je respecte tout à fait votre pacifisme, mais j’ai peur qu’il ne soit inadapté. Et, vous avez raison, quand on mobilise des centaines de milliers de mâles à des fins violentes et on fourbit tout un arsenal mortifère, il y a forcément des dégâts collatéraux. Petite précision, quand même, Alexandre le Grand, lui aussi punissait de mort le viol.
Y a-t-il des guerres propres ? Jamais, bien sûr. Les guerres traditionnelles au XIXe siècle l’ont été quand se rencontraient des armées conventionnelles partageant les mêmes lois de la guerre, un armement assez équivalent, pour un enjeu politique et territorial qui ne touchait pas à l’implantation des populations. A ce titre, la Guerre de Sécession aux U.S.A. a été ’propre’ : une poignée de civils tués par mégarde contre des centaines de milliers de militaires (mais beaucoup qui mouraient de faim), des prisonniers épargnés et parfois échangés (là encore, bcp mouraient néanmoins de faim). Grande exception : dans le Missouri, quand la guerre opposait des voisins rangés en bandes de guérilleros (voyez le film ’Chevauchée avec le Diable’ d’Ang Lee, ou ’Josey Wales hors-là-loi’ de Clint Eastwood), il y eut becp plus d’exactions. D’ailleurs Lincoln émit son ’Ordre général n°1’ visant les guérillas sudistes, qui stipulait que tout combattant ne relevant pas d’une armée régulière serait... exécuté. Cet ’Ordre n°1’ a été remis en vigueur lors du conflit des Philippines, il y a cent ans, et sa trace se retrouve de nos jours dans le traitement particulier que l’Amérique réserve à ses ’ennemis combattants’.
C’est aux U.S.A aussi qu’on a théorisé la notion de ’guerre sauvage’ s’appliquant particulièrement au conflit avec les Indiens : guerre pour l’occupation d’un territoire, entre deux mondes inconciliables, contre un adversaire qui ne respectait pas les règles de la guerre à l’européenne. Résultat : des milliers massacrés de part et d’autre.
Et puis en notre XXe-XXIe siècle éclairé, pour le plus grand rayonnement de l’espèce humaine, on invente des armes qui bouzillent non seulement l’adversaire, mais tout ce qui bouge sur des kilomètres à la ronde. Et comme les guerres opposent aussi des ennemis ’assymétriques’ ayant souvent recours à la population comme bouclier, vous voyez le résultat. A l’heure actuelle, pour un soldat tué, combien de civils y laissent leur vie ?