Merci pour cet article demian.
Si je puis me permettre de m’incruster dans la conversation... j’aimerais revenir sur la notion d’idée et de concept dans l’art que tu as abordé dans ta réponse. Il se trouve que c’est un sujet qui m’intrigue et sur lequel je n’arrive à me forger un opinion définitive.
Voilà, j’ai connu pas mal d’artistes, j’ai visité beaucoup d’expo et je me demande si l’art n’est pas en train de se perdre lui même. Je m’explique : plus ça va, plus le discours autour de l’oeuvre prend de l’importance dans l’art contemporain à tel point que l’on se demande si finalement le discours n’est pas la véritable oeuvre d’art. Cela pose pour moi plusieurs problèmes : tout d’abord, si le discours est la véritable oeuvre, a-t-on encore besoin de l’oeuvre-objet, celle qui est exposée ? Le discours seul ne suffirait-il pas ? Et si l’on prolonge encore : si le but est uniquement de communiquer une idée, l’art visuel est-il le médium le plus adapté ? Un essai philosophique ne serait-il pas le support idéal ?
Ensuite, l’oeuvre est-elle entièrement explicable et analysable, n’est-ce pas finalement tuer sa véritable essence de la convertir en mots ? Ce qui fait la particularité des arts visuels, n’est-ce pas justement que c’est une façon de communiquer différente de celle des mots ? N’est-ce pas étouffer toute la singularité de l’art de le réduire au discours parlé (ou écrit). La spécificité de l’art,pour moi, c’est que c’est justement un langage différent, polysémique, qui, en contact direct avec le spectateur, utilise l’ineffable, l’immédiat, le subjectif. Est-il raisonnable de poser un intermédiaire pour « traduire » cela en langage commun, imposer un sens unique et brider l’interprétation personnelle du spectateur : est-ce qu’on ne perd pas à cet instant toute ce qui fait l’originalité de l’art visuel ?
En outre, il me semble que la particularité de l’art tient aussi en ce qu’il est à mi-chemin entre la pensée et la matière, une oeuvre d’art n’est elle pas une pensée, une intention, transformée en matière ? L’interaction perpétuel entre le fond et la forme, chacun transformant l’autre.
Or, toute cette part matérielle n’est -elle pas en train d’être délaissée, oubliée, alors qu’elle fait sens elle aussi, mais pas forcément un sens pouvant se réduire à des mots ?
Vu que tu m’as l’air de bien t’y connaître en art, j’aurais avoir ton avis ou tes explications là-dessus.