@ Cambronne
Comme tu vois, après les insultes vient la phase amadouage du musulman toujours « présumé libre ». On ne se refait pas. L’histoire de la guerre d’Algérie doit se lire dans un contexte de guerre froide avec un parti communiste prêt à conquérir le pouvoir en Europe occidentale et qui attend de l’échec de la colonisation l’acte majeur qui devait faire tomber les démocraties de l’ouest dans son escarcelle. Aidé par des Américains qui n’ont qu’un objectif chasser les Européens de leurs ancienes colonies pour prendre leur place. Il n’y eut de « révolte populaire » en Algérie qu’aux tous derniers mois du conflit, quand le FLN négociait déjà avec le gouvernement français et que l’issue se dessinait depuis longtemps. Toujours ces fameux combattants de la dernière heure qui savent qu’ils ont intérêt à avoir un fusil dans les bras le jour de l’armistice.
Je pense aussi qu’il conviendrait de nuancer l’idée trop répandue que la France n’a pas bien traité ses goumiers, ses soldats de l’Outre-mer ou ses supplétifs. Si tu en as l’occasion, tâche de te procurer chez un bouquiniste un vieux bouquin qui se nomme « Tabor ». Il a été écrit par un ancien ministre de la IVè République, Jacques Augarde, ancien maire de Bejaïa, et membre de l’Académie des Sciences d’Outre-Mer. C’est un ami. Un homme extraordinaire. Il doit avoir pas loin de cent ans. Il a débarqué en Sicile avec des goumiers et ils ne se sont arrêtés qu’à Berlin. Son livre est un véritable hommage à ses soldats et il déborde d’authenticité et d’humanisme.
Il m’arrive parfois de discuter avec des anciens supplétifs. Tous parlent de l’armée française avec admiration. Combien de Rifains sont venus s’engager en Algérie parce qu’ils crevaient de faim dans leurs montagnes où rien ne pousse, et ce bien avant le Protectorat de 1912, c’est à dire avant toute colonisation du Maroc par les Français ou les Espagnols. C’est librement qu’ils passaient la frontière (déjà clandestins) pour s’enrôler dans les troupes françaises. Certains ont même combattu Abd el Kader.
Je te raconterai peut-être un jour l’histoire d’un gamin sans le sou qui a quitté le Rif au début du XXè siècle, connu sous le nom de Caïd Haddou le Noir. Autorisé par un général Français en poste dans la région d’Oran à faire un peu de contrebande de whisky avec les Espagnols, il s’est trouvé en quelques années à la tête de plusieurs propriétés foncières dans l’Oranais, totalisant pas loin de 400 ha. Plus tard, un juteux trafic d’armes pendant la guerre du Rif lui a ouvert bien des portes. C’est un personnage particulièrement intéressant à étudier tant sur le plan humain qu’historique.
Tu vois, ce sont toute ces histoires que je voudrais que les gens du bled connaissent. Ils se feraient peut-être alors une meilleure idée de la réalité qui est bien plus belle et bien plus intéressante que celle qu’on leur vend aujourd’hui. Déracinés une première fois, puis une seconde, ils envisagent de l’être une autre fois... Ils en sont encore et toujours à s’interroger pourquoi « on a peur de l’islam », car ils sont incapables de comprendre que de l’islam, on s’en fout. Mais que ce sont de pas mal de musulmans qu’on a peur. De ceux qu’on commence à arrêter à tour de bras un peu partout : Espagne, Maroc, Angleterre, Allemagne, Danemark, France, Italie, Hollande... C’est quand même extraordinaire qu’ils ne se posent aucune question devant un tel phénomène. On dirait même qu’ils en tirent une certaine fierté et qu’ils en redemandent. Pour moi, c’est un grave échec de l’humanité dans son ensemble quand elle ne sait pas transmettre des valeurs compréhensibles par des individus au destin contraire.
Bien à toi. Patrick Adam
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