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Philippe Vassé 22 août 2007 14:20
Philippe Vassé

Pierre,

Excusez ce titre qui, en raccourci, synthétise ma réflexion sur le sujet.

Votre article aborde très bien les questions de fond. Et Ria Novosti le complète à sa façon par sa question finale pertinente sur ce que la France pourrait gagner par une implication accrue dans une situation aussi sanglante que chaotique- situation créée par l’intervention américaine, chose que le Ministre français omet de dire clairement.

Pour autant que je puisse en juger, sur une éventuelle implication française en Irak, forcément militaire et financière, Nicolas Sarkozy n’a pas de majorité derrière lui dans son pays. Pire encore pour lui, au sein de l’Union européenne, il est isolé sur ce dossier.

La réaction russe de Ria Novosti est indicative de beaucoup de choses, mais surtout du fait que Moscou ne verrait pas que des inconvénients pour ses objectifs propres (en Asie Centrale, dans le Caucase, en Arctique, dans les pays baltes) à ce que le monde regarde vers l’Irak et l’Iran : les dirigeants russes auraient tous les bénéfices pour leurs buts actueks d’une crise UE-Etats-Unis, d’une crise interne à l’UE, d’un échec prévisible de toute implication « européenne » ou « française » en Irak, d’une perte accrie de l’influence française dans le monde arabe.

D’où ses encouragements formels et insidieux sous forme ironique préventive...

Bernard Kouchner, qui vient de voir son vieil objectif au Kosovo être annéanti par Moscou voici à peine deux semaines, est-il devenu aveugle au point de ne pas constater que la Russie renoue ses liens avec les pays arabes, notamment la Syrie -mais pas seulement- et peut jouer, à sa guise, les cartes qui sont les plus profitables à ses propres intérêts en Irak ?

Comme aider à la fin de la crise en Irak, en concertation tant avec la Syrie qu’avec l’Iran puisque Moscou a de bonnes relations avec les régimes de ces deux pays. Ou bien mettre de l’huile sur le feu des deux côtés à la fois.

Il me semble donc ici que le pays qui pourrait aujourd’hui le plus, objectivement du fait de ses liens restaurés et positions passées (voir en 2003), aider à la pacification de l’Irak n’est pas la France, mais bien la Russie. Si elle le voulait bien sûr...

Et que, en sens opposé, elle a tous les moyens pour faire échec à toute autre orientation, d’où qu’elle vienne.

On appelle cela avoir les bonnes cartes en main, cartes que Bernard Kouchner n’a pas.

D’autant qu’en Russie, nombreux sont ceux qui le détestent pour sa guerre contre la Serbie sous alibi « humanitaire » et son fameux « droit d’intervention » sous ce prétexte. C’est un rappel utile que l’intéressé ne devrait pas négliger, à mon sens.

Quant au devenir public et politique de Bernard Kouchner, je pressens que son Président, lui-même ami du Président Bush, va le « mouiller » dans ce dossier, l’utiliser et probablement, quand l’échec sera patent ou que l’opinion française fera bloc massivement contre ses positions interventionnsites baptisées « immixtion », le désavouer.

Bernard Kouchner joue le rôle dangereux du fusible exposé. Et l’Irak est un pays électrique et volatile...Et Sarkozy est assez habile pour le mettre en première ligne sans trop se mouiller lui-même.

Servir le maître de son maître dans un tel contexte me paraît donc très risqué pour ce Ministre qui s’est fait tant d’ennemis partout et ne compte, dans ce dossier, que peu, très peu d’amis !

Bien amicalement à vous,



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