Article fort intéressant qui remet certains choses en place en prenant du recul avec toutefois, à mon sens, un parti pris anti anglais trop affirmé. A la lecture des commentaires décernant les bons et les mauvais points (les Français sont nuls en langues étrangères, les Suédois sont bons, etc, etc) il semble que l’on oublie une donnée fondamentale : de quelle langue part-on et à quelle langue arrive-t-on ? En clair, il est plus facile pour un Français de parler italien que pour un japonais, pour un Flamand de parler Anglais (ou Allemand) que pour un Russe, etc, etc. Pareil pour les sons. Il se trouve que certains sons qui existent en Français sont imprononçables pour certaines cultures qui ne les possèdent pas... et inversement pour les Français qui ont bien du mal à prononcer certains mots (d’anglais, mais aussi de beaucoup d’autres langues). L’anglais possède pourtant un avantage énorme sur beaucoup de langues à l’écrit : le côté direct avec des petits mots (in, out, on, off, etc) qui, en quelques lettres, en disent autant qu’un long discours en français. Il n’y a qu’à lire les modes d’emploi en différentes langues pour constater que l’anglais est toujours le plus court et souvent le plus précis, deux qualités fondamentales à une époque de manque de temps. Il est vrai que l’anglais, assez facile à l’écrit pour un européen de culture latine ou saxonne, devient difficile à l’oral, surtout dans le sens compréhension. Mais d’accord aussi pour constater que c’est souvent la langue du dominant qui s’impose, indépendamment de sa compléxité. Sur le bilinguisme ou plurilinguisme des enfants, il est vrai qu’un enfant intégre tout ce qu’il veut mais tout en l’oubliant aussi facilement. Une éponge certes, mais qui ne retient pas l’eau très longtemps. Un enfant bilingue à 4 ans qui reste ensuite quinze ans sans pratiquer ne conserve absolument rien de son bilinguisme d’enfant, pas même les sons. Savoir que le bilinguisme, que je pense malgré tout très formateur car il apprend à changer de système de langue, est un petit « moins » dans les deux langues. Les (vrais) bilingues mélangent parfois les expressions en traduisant, à l’oral, une expression qui n’a pas une valeur équivalente dans l’autre langue. Ex : (faire un bain, prendre au téléphone, pour un gréco français). Pour finir ne pas pleurer éternellement sur la disparition du français sur le plan international. A un niveau élevé et à quelques rares exceptions, le français n’est pas utilisable sans faute. Ce phénomène est certainement lié à la rigidité de la langue. Essayez d’expliquer à un étranger la place de l’adjectif : ne pas dire « au carnaval il avait des verts cheveux » (mais des cheveux verts) alors qu’on peut dire « il avait de longs cheveux ». Les cultures éloignées comprennent très difficilement l’emploi de certains temps, les français aussi dans leur propre langue (on trouve souvent : après que + subj.qui tend à devenir règle, bien qu’illogique). La liste serait bien longue et je ne parle pas de l’orthographe qui nage dans une joyeuse fantaisie (un chariot, une charrue) en rappelant que Proust écrit « nénufar » qui devient, on ne sait pour quelle raison puisque le mot est arabe et non grec, « nénuphar » au XXème siècle, sans parler des redoublements de consonnes aléatoires et irrationnels. De plus, une faute en français est synonyme d’infériorité, marqueur de classe sociale, puisqu’on juge souvent les gens à leur niveau d’orthographe. C’est tous ces éléments réunis qui ont rendu le français difficilement utilisable sur le plan international. Et pourtant ce ne sont pas les efforts des Ministères de la Culture successifs qui ont fait défaut durant les cinquante dernières années. Pour reprendre le constat de l’auteur : l’anglais est une langue difficile (sûrement mais pour qui ?)... que dire alors du français ?
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