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Alain Bondu 3 octobre 2007 00:23
Quousque Tandem

Cette histoire de liingua franca est un sujet où nous français sommes mal placés car le français a bien longtemps occupé ce rôle. Pour la langue diplomatique ça a dû commencer avec les traités de Westphalie (1648), et ça durait encore juste avant la guerre 40. A titre d’exemple, le traité secret entre les républicains espagnols et Staline (ça doit être en 1937) était rédigé dans un français impeccable. Des fac-similés ont été montrés à une émission télévisé voici quelques années, probablement sur Arte. Et ne parlons n ni du XVIIIème siècle, où le français était la langue de toutes les cours européennes, ni d’avant la guerre de cent ans, où toute la noblesse anglaise parlait français à la cour . Honni soit qui mal y pense, et Dieu est mon droit !.

Ce que je veux dire, c’est le passage du français à l’anglais (amorcé, pour être honnête, avec la fin de la 1ère guerre mondiale) est pour l’ensemble des pays le passage d’une langue difficile à une autre langue difficle. Pour nous , c’est autre chose ; c’est une perte d’influence , c’est une source d’énormes revenus qui s’évapore, pire : c’est une défaite.

Un autre élément de cette susceptibilité particulière est que sur de nombreux points le français et l’anglais sont antinomiques : prononciations, conjugaisons, etc. Et que le vocabulaire soit en partie commun n’est qu’un piège de plus : combien de fois ai-je remplacé par un mot celte ou saxon le mot d’origine latine qui me venait naturellement à l’esprit, par crainte d’un faux-ami, pour l’entendre utiliser quelques seconde s plus tard par mon interlocuteur ? Vexant.

Claude Hagège souligne la difficulté particulière de l’anglais pour les français.

Mais ce n’est pas parce que nous sommes juge et partie que les attaques contre l’anglais sont forcément fausses et inexactes. Elles peuvent bien sûr l’être, mais cette situation peut aussi nous permettre de déceler des vrais problèmes avant les autres.

Pour moi, ces années d’études -tout au long de sa vie car l’anglais est une langue très variable et pour laquelle la « fluency » se perd vite, beaucoup plus vite que pour les autres langues dont j’ai des notions (allemand, russe, espagnol sans oublier le latin)- ces années d’étude que n’ont pas à subir les anglophones constituent une disparité qui, par son effet cumulatif, deviendra un jour insupportable -si elle ne l’est pas déjà pour certains peuples-.

la grande différence entre le français langue internationale et l’anglais langue internetionale, c’est que la puissance française était équilibrée par celles des autres puissances de l’époque : GB, Allemagne, EU déjà , tandis que celle des EU n’est « balancée » -vous remarquerez l’anglicisme-, pour le moment , par rien du tout. Et que , comme l’a dit à peu près Montesquieu dans l’« esprit des lois », tout pouvoir qui n’est pas équilibré par un contre-pouvoir a tendance à croître jusqu’à l’abus.

Ceci dit, le temps pendant lequel la puissance US ne sera équilibrée par aucune autre ne durera pas bien longtemps, ne serait-ce que parce que le fait pour une puissance d’être sans concurrence dangereuse pousse immanquablement à la faute.

J’avoue que je peste contre l’anglais langue internationale, mais imaginons que ce soit -au hasard- le chinois par exemple. Ma fille a essayé de l’apprendre voici quelques années : c’est bien plus difficile que l’anglais, du moins pour nous. Et ça se perd encore plus vite que l’anglais, ce qui est sans doute une autre façon de dire la même chose.



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