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bcordelier 7 octobre 2007 10:19
bcordelier

Merci M. Masson pour ces informations et la recherche que vous en avez faite.

Comme vous le reconnaissez vous-mêmes et certaines des personnes que vous citez, ce genre de chiffres sont très difficiles à obtenir. Evidemment, le fait que ce soient des bénévoles qui s’investissent (outre le caractère profondément ennuyeux de gérer de l’administratif) explique une bonne part. C’est néanmoins bien dommage. A un moment ou un autre, une entreprise qui atteint une certaine ampleur se doit de communiquer et de livrer au reste du monde des chiffres fiables de son activité, qu’il s’agisse d’une SARL tartempion, d’un service public,d’une organisation professionnelle, etc. Il s’agit là d’une « obligation » incontournable et de crédibilité. Sinon, on ouvre la boîte aux suspicions de tous ordres et aux phénomènes de dénégation, voire même dans le jargon actuel de « principe de précaution ».

Qu’ensuite de tels chiffres soient analysés et donnent lieu à des conclusions diverses et variées, cela est inévitable, mais tout un chacun peut toujours se référer aux éléments factuels de départ pour se faire son opinion. On peut certes faire dire ce que l’on veut aux chiffres, selon d’éventuels présupposés ou travers de démonstration. Toutefois, il existe de nombreuses personnes intellectuellement honnêtes encore capables de s’intéresser objectivement aux choses. Et rien de pire que de leur faire un procès d’intention de départ et déniant leur qualité ou leur neutralité.

S’il y a notamment un point avec lequel je suis complètement d’accord avec vous, c’est le fait que les espérantophones, TOUS les espérantophones devraient passer à un moment ou un autre les diplômes linguistiques. Quitte à créer davantage de niveaux ou des systèmes de validation nouveaux.

Vous vous focalisez sur l’enseignement de l’espéranto par les systèmes éducatifs nationaux, eh bien, à mon humble avis, c’est une erreur. D’une part, vous leur reprochez à longueur de développements d’être d’un niveau crasse en matière de langues, il n’y alors pas de raison qu’il en soit différemment pour l’espéranto. Ensuite, le problème est à considérer de façon inverse.

En notre époque de vitesse accélérée en toutes choses, de technologies planétaires et transversales, de réseaux extra-étatiques, de remises en cause de plus en plus profondes de la validité et l’utilité même des notions telles qu’état, service public, mission régalienne, etc., quand de multiples exemples montrent que bien des états sont désormais moins prégnants que de grandes entreprises multinationales ou des réseaux protéiformes, avec l’émergence et le développement extraordinaire de phénomènes n’appartenant plus à personne (le web 2.0 en est un bon exemple), et faute d’un cadre national propre à l’espéranto, batailler pour intégrer l’éducation nationale est une perte formidable d’énergie et un combat d’arrière-garde.

Il faut que l’espéranto arrive à démontrer qu’il constitue un phénomène solvable et porteur de business. C’est peut être brutal comme jugement, mais le commerce est le vrai moteur. En d’autres termes, plus il y aura de business lucratif, faisant vivre des gens, autour de l’espéranto, et plus il se posera en acteur(s) agrégeant de nouveaux champs et partenaires.

Et pour revenir aux diplômés, 1000 espérantophones locuteurs dans leur petit coin, dont les compétences n’ont été validées par personne, ne représentent rien de plus que 1000 amateurs généalogistes autodidactes qui se construisent des arbres personnels à coups d’informations de deuxième, troisième ou quatrième main truffées de reconstitutions élucubrées, alors que 1000 diplômés validés (et c’est presque mieux que ce le soit par une ONG plutôt qu’une EN), c’est un potentiel de business démultiplié. Et si d’aventure il vient à l’idée d’un pays ou groupe de pays de s’ouvrir à l’espéranto, cela sera grâce à ce genre d’argument initial. Ce sera parce que ce pays pourra raisonnablement penser que dès le départ il pourra s’appuyer sur des gens-ressources fiables et en quantité, pour ne pas patiner lamentablement et être la risée de tous les sceptiques et opposants, qu’il décidera peut être de franchir le pays. Tandis que dire à des politiques, soumis comme les entreprises côtées aux bilans et avertissements court terme, « ouvrez-nous l’EN et dans 10 ans on en sortira suffisamment de profs pour inerver le système », est une ineptie.

Quand une entreprise (j’emploie volontairement ce terme générique) se veut autre chose qu’un gentil passe-temps pour initiés, alors à un certain moment elle doit dépasser le stade des gentils bénévoles pour passer au dur, au mercantile, au marchand. Faute de quoi elle s’étiole et disparait. 120 ans d’esperanto, c’est à la fois rassurant, cela fait sérieux, mais également démoralisant.



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