Voici ce que Bertrand Lavier a écrit à propos du Baiser de Rindy.
Réponse au journal Le Monde
par Bertrand Lavier, artiste
Je tiens d’abord à dire que je suis indigné par le fait que Le Monde serve de courroie de transmission à une telle misère intellectuelle. Car ce qui s’est passé à la Collection Lambert est très grave, et c’est chaleureusement que je m’associe à l’équipe du musée en réagissant dans ces colonnes.
1 - Une artiste qui a besoin d’un « conseiller artistique » est déjà, à mes yeux, totalement disqualifiée. Pour moi, cette histoire représente une première : un pas qu’on n’aurait jamais du franchir, jamais. Car quand on découvre la véritable bouillie conceptuelle servie par M. Levieux au journal Le Monde pour justifier l’acte a posteriori, on comprend alors que si la « Cambodgienne », je répète le terme employé par son « conseiller »-car pour moi cette femme n’est bien sûr pas une artiste- a besoin d’une boussole pour se repérer dans le monde, elle s’est alors trompée de direction en choisissant M. Levieux comme « conseiller artistique ». Elle est perdue. Malgré toute sa misérable petite volonté de faire quelque chose de remarqué, si elle avait choisi d’être représentée par un avocat pour expliquer son geste, je l’aurais considérée comme une artiste. Mais choisir un « conseiller artistique » prouve qu’elle n’est plus une artiste mais un produit de supercherie. Ainsi, logiquement, son geste, quand bien même elle le souhaiterait, n’est plus un geste artistique. Ce n’est pas une démonstration de sophisme que je propose là. Je démontre tout simplement que son projet est mort-né et qu’avec ce genre d’individu, il ne faut pas se placer sur le terrain artistique ou esthétique, surtout pas, mais dans le seul champ de la raison : et là, on le voit bien, c’est raté.
2 - Aussi, quand on souhaite agir au nom de la réconciliation entre les peuples comme nos deux acolytes le prétendent, il faut avoir une sacrée conscience de soi pour penser qu’à soi tout seul, on va représenter une grande cause. Et qu’au nom de cette grande cause, on va s’autoriser à défigurer une oeuvre d’art qu’un véritable artiste, et un très grand, Cy Twombly, a réalisé seul dans son atelier trente ans auparavant. Sans bien sûr lui demander son avis, ni à lui, ni au collectionneur à qui elle appartient, ni au musée où elle est actuellement exposée. Ce principe unilatéral, autoproclamé, est d’une prétention que seule la bêtise peut engendrer.
3 - Enfin, il y a quelques années, des Bouddhas séculaires de plus de trente mètres de haut sculptés dans la roche ont été détruits à coup de dynamite. On a tous en mémoire la disproportion entre ces petits hommes agitant leurs détonateurs à distance et le gigantisme de ces géants de pierre, symboles d’un patrimoine spirituel et universel dévasté par l’ignorance et réduit en poussière. C’est pour moi aussi scandaleux de détruire une oeuvre à coup de kilos d’explosifs que de « bisous » soit disant empreints de « pureté ». On retrouve là la vieille question du kilo de plume comparé au kilo de plomb : la déflagration aux portes de l’Orient ou au coeur d’Avignon peut être aussi grave et dévastatrice, même pour un « bisou » imbécile.