Bien sûr : les agressions, les manifestations, les appels au boycott, les chantages téléguidés par des organisations musulmanes, des mouvement « fascislamistes » et quelques gouvernements qui ne savent rien de la laîcité, de la démocratie pluraliste, de la liberté de la presse doivent être condamnées. Nous pourrions par exemple décréter un boycott des subventions aux territoires palestiniens... Mais comment des médias européens (français notamment) ont-ils pu tomber dans les pièges tendus par les Frères musulmans et d’autres intégristes ? Là est la vraie question... Comme nombre de mes correspondants ne manquent pas de le souligner avec une malice qui me fait sourire, je suis minoritaire dans mes prises de positions sur ce qui est devenu « l’affaire des caricatures de Mohamed » : pas de reprises des dessins sur les sites dont je m’occupe, dénonciation des provocations inutiles (et commercialement intéressées) du type de celle de France Soir, étonnement (pour ne pas dire plus) devant les ravages causés dans les meilleurs médias européens (sauf en Allemagne)... Tant pis. La vérité et la sagesse ne se déterminent pas par l’arithmétique des opinions. Je persiste et signe. En ardant défenseur de la liberté de la presse. En vieux voltairien. En défenseur des droits de l’homme et de la démocratie pluraliste. En ennemi de tous les intégrismes. Le Monde parle d’ « onde de choc ». C’est bien ce que j’avais prévu, peut-être parce que je connais mieux le monde dit arabe plus que d’autres. Et parce que j’avais bien vu que l’Europe, par sa presse, était comme prise en otage par les manipulateurs des Frères musulmans. Ce que les experts de l’ESISC (dirigé Claude Moniquet) ont bien vu aussi, grâce à des informations de première main... Le comble : on ose comparer ces dessins sans talent et bêtement provocateurs aux chefs d’œuvre talentueux et courageux de Rushdie et de Taslima Nasreen. Confusion des genres et des valeurs...Mais cela n’a rien d’exceptionnel en cette époque où la « star Académie » fait plus recette que les « Victoires de la musique ». Passons...J’ai lu Rushdie et Nasreen. Si je suis à contre-courant de cette « onde de choc », c’est pour quatre raisons que je résume : 1) Le journal danois, connu pour ses positions de droite ou plutôt de droite extrême, a fait délibérément une provocation. Bien qu’il s’en défende aujourd’hui. Il y a eu confusion et généralisation : ISLAM=VIOLENCE=TERRORISME. Autrement dit : Ben Laden est dans Mohammed ! Pas de distinction entre les musulmans et ceux que j’appelle les « fascislamistes », ces fascistes qui se réclament de l’Islam en le dénaturant. Pas de distinction entre ceux qui vivent un Islam généreux et riche et ceux qui en font une arme démagogique et violente...Le christianisme réduit aux Croisades ! Le catholicisme réduit à la Saint- Barthélemy. Le Judaïsme réduit au Mossad. Le protestantisme réduit à l’apartheid. L’évangélisme réduit au « créativisme » qui raye Darwin des programmes scolaires dans quelques Etats américains... Et le laïcisme réduit aux actions anti-religieuses de Staline !.L’ennemi, c’est le simplisme. La caricature n’est bonne que si elle traduit bien la réalité. Les meilleurs caricaturistes le savent bien. Est-ce le cas ? 2) Nous ne sommes pas obligés de respecter les règles de l’Islam qui refuse toute représentation du Prophète (comme tous les monothéismes refusent toute représentation de Dieu). La vieille querelle des iconoclastes redevient subitement d’actualité en cette ère de l’image généralisée...Mais il faut au moins tenir compte des convictions de chacun. Et respecter les sensibilités de chacun. La lutte contre les fondamentalismes, les intégrismes, les sectarismes, les manichéismes peut passer par l’humour, l’ironie et la dérision. Mais « communiquer », c’est « échanger »... Savoir comment le « message » est perçu compte plus que savoir comment il est lancé.
3) Oui, on doit avoir le droit de rire de tout, y compris de Dieu. Le droit au blasphème est un droit d’expression. Voltaire, si souvent invoqué, écrivait effectivement : << Le droit de dire et d’imprimer ce que nous pensons est le droit de tout homme libre dont on ne saurait le priver sans exercer la tyrannie la plus odieuse » Mais il soulignait qu’il s’agit là d’un. « privilège » dont, par définition, il ne faut pas abuser.... « Nous savons bien qu’on peut abuser de l’impression comme on peut abuser de la parole ». Mais il ajoutait : « Conservons toujours les bienséances » Ces « Questions sur les miracles, 13e lettre », doivent être replacées dans le contexte de l’époque (1765). Les « bienséances » aujourd’hui consistent à respecter les autres même quand ils ne vous respectent guère ou pas.
C’est en cela, et j’en suis rassuré, qu’en cette affaire, ma position rejoint celle de Reporter sans frontières. Qui plus est on ne peut pas célébrer en grandes pompes la liberté d’expression si on ne se souvient pas des ravages provoqués par la presse dite libre à la fin du XIX et durant le XX ième siècle.... Qui a attisé les haines entre Français et Allemands, notamment ? Les journaux...Le système médiatique, aujourd’hui, impose plus que jamais la vraie « bienséance » : celle qui allie l’esprit de liberté à l’esprit de responsabilité. Dans cette « guerre des civilisations » qui est d’abord une « guerre des ignorances », les media jouent un rôle difficile. Qui impose de vraies réflexions. Et non des réflexes... Dans l’onde de choc actuel, je suis en phase (ce qui n’est pas toujours le cas) avec Marianne : le site du journal de Jean-François Khan qui n’est pas suspect de suivisme sait se méfier de ce « mimétisme de masse » si bien analysé par René Girard... 4) Le premier vrai scandale dans cette « affaire des caricatures » a été le manque de réactions politiques, rapides et concertées, dès novembre dernier, des Européens aux interventions gouvernementales contre le Danemark. Il est temps que dans les dialogues avec les régimes dits arabes, les dirigeants européens fassent preuve d’une extrême fermeté dans la défense des valeurs que nous sommes sensés incarner, défendre et illustrer. L’esprit « munichois », en l’occurrence, c’est de subir l’inadmissible. Il faut une vraie réflexion européenne sur ces questions clefs. Et une volonté forte de faire rayonner nos idéaux...si nous en sommes dignes.
Au total, il faut évidemment se méfier et se défier les mayonnaises médiatico-politiques dont on ne maîtrise pas les conséquences. Il est clair que je condamne avec vigueur les violences, les chantages, les débordements provoqués par les oulémas, les gouvernements, les organisations « islamistes ». Je demande même des mesures de représailles : il faut savoir se montrer fermes. Plus que nous le faisons. Je pense notamment aux événements de Gaza. Avec 500 millions d’euros par an dépensés sans trop de contrôles, l’Union européenne a des arguments de poids... Des « excuses », c’est l’Europe qui devrait en recevoir....Et il est temps de cesser de faire « prendre en otage » nos valeurs. Mais cela ne dépend pas de fanfaronnades médiatiques. Que la presse européenne soutienne davantage celles et ceux qui, au risque de leur vie, luttent pour le liberté de la presse dans les pays musulmans et autres. En cela aussi, RSF a raison : répondons au dogmatisme et au fanatisme par l’intelligence et non par la bêtise...
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