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Philippe Vassé 2 décembre 2007 10:52
Philippe Vassé

A Jean Paul Doguet,

J’avais répondu bien plus haut dans le fil à la question- très pertinente- de l’usage du mot Empire dans l’article et ce dès son titre.

Je voulais par ce terme générique induire l’idée d’un vaste conglomérat politico-économique soumis à un centre dirigeant dont les intérêts primaient sur le resten et notamment sur ce que je qualifiais, toujours afin de faire saisir les rapports existants ou ayant existé, de « provinces », voire « d’arrière-cour » impériale.

Il est évident que le terme peut être considéré comme impropre au sens strict de sa définition telle que donnée par le Larousse ou le Petit Robert, mais s’agissant d’un Etat qui a dominé la politique et l’économie mondiale, y compris indirectement, par la pression de la course aux armements, les pays dits « communistes ».

Il a cependant le mérite d’exprimer un concept de domination large et centralisée, et il correspond le mieux à une entité qui jusque là n’aavit jamais eu son égal sur cette planète.

Faute de mieux pour le moment, je l’ai retenu pour ces motifs. Si un autre terme plus précis et plus clair encore existe, je suis naturellement preneur, mais je n’en ai pas vu. A une nouvelle réalité de domination mondiale ou de volonté de domination mondiale, il aurait fallu un terme en adéquation qui reflète les diverses réalités factuelles abordées, c’est bien ce mot en rapport avec ce concept qui me semble devoir encore être à inventer.

Bien cordialement,

Aux autres lecteurs et aussi à Jean-Paul,

Il ressort des commentaires intéressants qui ont été placés sur ce fil- ceux qui abordent le sujet pour en débattre et non le fuir- que beaucoup s’interrogent en fait sur les possibilités qu’a l’Empire américain à se redresser et à rebondir, ce qui marquerait alors que le déclin n’était pas irréversible.

Le commentaire d’Alberto était sur ce point éclairant, et je m’aperçois que je ne lui ai pas accordé une attention suffisante. Avec mes excuses à Alberto pour mon retard à saisir l’importance primordiale dans le débat de ce fil de son commentaire initial.

C’est un débat très riche et intéressant. Il sort naturellement de l’analyse stricte, scientifique, précise des faits actuels avérés que personne ne conteste et ouvre un espace de libre discussion féconde où personne ne peut prétendre avoir la vérité révélée et imposée.

La plupart des commentateurs qui abordent ce point le font sous l’un ou sous les deux auspices suivantes : un nouveau Président -ou Présidente- à Washington et un renouveau économique peuvent inverser le cours des choses.

Bien évidemment, comme dans l’histoire de tout Empire, le déclin peut durer un certain laps de temps, par nature imprévisible, et il peut même parfois, toujours un certain temps, être freiné ou stoppé, mis en suspens en quelque sorte. Cela s’est vu dans le passé, cela est donc un modèle reproductible en Histoire.

Ce type de processus n’est donc nullement impossible et personne ne peut l’écarter.

Cependant, les paramètres fondamentaux qui « poussent » au déclin de l’Empire- à ne pas confondre avec sa chute qui est tout autre chose- ne sont pas à Washington et ne dépendent pas de l’économie américaine, fut-elle en croissance ou non, ce qui est en plus relatif par rapport aux autres pays.

Le monde nouveau qui naît de ce déclin et qui en procède est MULTILATERAL. Ce simple fait que personne ne peut contester à ce jour est au CENTRE du déclin de l’Empire qui avait vocation auto-proclamée à dominer le monde ou du moins à le gérer de manière à ce que ses intérêts propres prédominent sur ceux de tous les autres pays.

Aujourd’hui, les Etats-Unis n’ont plus le monopole ni de la puissance économique, ni militaire. Ils sont donc contraints à, de gré ou de force, devoir reconnaître ce multilatéralisme et ses conséquences.

Celui-ci se décline en zones d’influence diverses, plus ou moins continentales, avec des Etats poids lourds comme la Chine, le Japon, la Russie, l’Inde, le Brésil. L’UE- comme les pays arabes du Golfe ou l’ASEAN en construction politique- est un autre conglomérat, mais aucun de ses Etats membres, à l’exception PEUT-ETRE de l’Allemagne ou de la Grande Bretagne, ne peut prétendre aujourd’hui à un vrai rôle mondial significatif (pas même le France).

Les désordres monétaires qui voient la place dominante du dollar contesté expriment en un sens ce déclin des Etats-Unis, RELATIVEMENT au reste du monde : en clair, le poids économique de l’Empire régresse, ce qui n’est pas nouveau en soi. Ce qui est par contre nouveau est la traduction du processus en termes de monnaie internationale d’échanges qui est de facto remise en cause.

Cette modification ESSENTIELLE pour l’Empire est aussi le fruit de sa place politique et militaire déclinante dans le monde qui se construit.

L’élan donné au développement de ces puissances, nouvelles pour certaines -Brésil, Inde- ou de retour pour d’autres (Chine, Russie, Japon) est à mon sens le fait déterminant qui scelle et scellera le déclin américain dans les prochaines décennies. Mais encore une fois, je ne pense pas que mon point de vue soit indiscutable car il n’est ici qu’une projection dans le futur possible de processus actuels qui peuvent connaître des bouleversements impromptus.

Ceci dit, le débat avec des intervenants de qualité, honnêtes et cultivés, est très enrichissant.

Il tranche des commentaires vides et creux de ceux qui, ne pouvant se résoudre à admettre le monde qui apparaît sous leurs yeux, se réfugient dans le réconfort de mots creux et de rêves personnels sans lien aucun avec la réalité dynamique.

Bien cordialement,



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