Le Deutsche Oper a retiré de sa programmation l’opéra de Mozart « Idomeneo » par crainte de représailles islamistes.
La chancelière allemande Angela Merkel a critiqué mercredi 27 septembre la décision d’un opéra berlinois de déprogrammer un opéra de Mozart, « Idomeneo », dans laquelle figure le prophète Mahomet, par craintes de représailles islamistes.
« Nous devons faire attention à ne pas reculer toujours davantage face à la peur créée par des islamistes radicaux prêts à commettre des violences », a déclaré la chancelière.
« L’autocensure par peur n’est pas tolérable. Elle est admissible seulement de manière responsable, dans le cadre d’un véritable dialogue des cultures totalement exempt de violence », a ajouté Angela Merkel.
Pour justifier la décision prise lundi 25 septembre de déprogrammer l’opéra « Idomeneo » (1781) mis en scène par Hans Neuenfels, réputé pour ses provocations, la directrice du Deutsche Oper, une des trois salles d’opéra de la capitale allemande, a expliqué que cette production présentait « un risque incalculable relatif à la sécurité du public et des collaborateurs de l’opéra ».
« Nous avons indiqué qu’il pourrait y avoir des troubles lors de la représentation », a précisé le porte-parole de la police, Bernhard Schodrowski.
Dans l’une des scènes, le roi de Crète Idoménée rapporte les têtes de Poséidon, de Jesus, de Bouddha et de Mahomet et les pose sur quatre chaises.
Cette adaptation de l’opéra en trois actes de Mozart sur un livret de Giambattista Varesco devait être présentée les 5, 8, 15 et 18 novembre.
Le metteur en scène Hans Neuenfels lui-même a reproché à la directrice du Deutsche Oper de céder à « l’hystérie » tandis que la classe politique allemande a fustigé cette déprogrammation.
Pour le ministre de la Culture Bernd Neumann, « si la peur de protestations éventuelles mène déjà à l’auto-censure, la culture démocratique de la liberté d’expression est en danger ».
Le ministre de l’Intérieur Wolfgang Schäuble, membre lui aussi de la CDU d’Angela Merkel, a jugé quant à lui la déprogrammation « inacceptable » et « folle ».
Le maire social-démocrate de Berlin Klaus Wowereit a décrié la décision, affirmant qu’il n’existait pas de risque concret. « Il faut vivre pleinement les idées que nous nous faisons de l’ouverture, de la tolérance et de la liberté », a affirmé le maire.
Le Conseil de l’islam, l’une des principales associations représentatives des quelque 3,2 musulmans d’Allemagne, a en revanche salué la déprogrammation. « Je pense que nous devrions faire plus attention les uns aux autres, en respectant les sensibilités et en ne blessant pas une grande communauté religieuse ».