@ Mehdi
Il ne faut dire que les beurs ou les Noirs ont une image négative dans les films. Je ne vais pas souvent au cinéma mais, depuis de nombreuses année, l’image de l’Africain et de l’Africain du Nord a beaucoup changé. Nous ne somme splus dans les années 30.
Je ne considère pas le film « Indigènes » comme un film historique. Je pense que c’est un film qui récupère un fait historique pour faire passer une idéologie. C’est son droit, mais je déplore (et je combats) cette idéologie sous-qui est la malhonnêteté viscérale de faire du Français un exploiteur, face au gentil arabe qui s’est dévoué corps et âme pour son maître. Je le répète, les supplétifs ne se sont pas battus pour la « Liberté, Egalité, Fraternité », comme le film voudrait nous le faire croire. Il suffit de reprendre la lettre de Mohamed V dont j’ai cité des extraits.
Vous dites que les jeunes seront fiers que leurs grands parents aient combattu le nazisme, soit. Mais est-ce le message du film ? Pour cela il faudrait que ces jeunes sachent d’abord ce qu’était le nazisme, et le type de société qu’il promettait à l’humanité, c’est à dire une société du rapport du fort au faible, sans droit à la différence, avec l’idée de supériorité d’un groupe sur tous les autres. Mais n’est-ce pas ce qui se passe au bas des cages d’escaliers ? La loi du fort au faible, du caïd qui impose sa vision du monde, et du frère qui surveille les faits et gestes de sa soeur en faisant régner l’intimidation.
Si le film nous montrait un jeune Arabe ou un jeune Berbère (à l’époque on ne disait pas beur) ayant la prise de conscience de ce qu’était le nazisme, à la manière d’un Manoukian, alors on pourrait dire qu’il aurait valeur pédagogique. Là, j’ai bien peur que ce soit un film revanchard. Mais nous ne tarderons pas, à mon avis, à nous en rendre compte si jamais il devait y avoir de nouvelles émeutes dans nos banlieues. Je prends date... J’espère que nous ne reviendrons pas sur cet aspect des choses même si je crois que nous n’y couperons pas.
Vous parlez de meiux vivre grace à un patrimoine qui a fait défaut. Votre remarque est exacte mais, dans la société française, elle ne s’adresse qu’aux harkis alors que ceux qui cherchent une indemnité pour fait militaire dans les guerres mondiales ou coloniales, sont, pour la quasi totalité d’entre eux, des gens qui résident au bled. Fallait-il au lendemain des indépendances, alors qu’il y avait tant de problèmes à régler, que la France s’occupe du bien-être de ces gens alors qu’elle avait du mal à loger et donner du travail à ceux qui avaient tout perdu et qui arrivaient en France avec une valise ? Facile à dire aujourd’hui. Je doute qu’un gouvernement aurait pu promulguer de telles lois.
Pour moi, la pire tâche que la France doit effacer reste celle des harkis et de leurs descendants. Au déni de justice, s’est ajouté l’insulte des deux côtés de la Méditerranée, et la quasi obligation de vivre cachés par rapport à l’histoire, ce qui est la pire des indignités. Si aujourd’hui un acteur beur voulait faire un film sur ces bannis de l’histoire, soyez assuré qu’il ne remettrait pas vivant un pied en Algérie...
Bien à vous. Patrick Adam