Pour préciser ma pensée : lorsque je parle des journalistes collaborateurs et propagandistes, je ne le fais pas uniquement au vue de l’article du Monde auquel je fais allusion. Cet article n’est pour moi qu’une illustration partielle d’un phénomène qu’il faudrait approcher d’une manière beaucoup plus globale, et notamment en réfléchissant à cette expression de "libéralisme autoritaire".
On parle de libéralisme autoritaire, en France, généralement pour parler d’une association entre une économie ultra-libérale et une dictature, comme le régime de Pinochet ou la Chine aujourd’hui. Ces régimes sont au moins la preuve que le libéralisme ne va pas forcément de pair avec la liberté individuelle, ce que les libéraux voudraient nous faire croire. En ce sens, je ne vois pas l’oxymore derrière cette expression...
Mais pour pouvoir parler de libéralisme autoritaire en France, il me paraît indispensable de préciser certains points et tout d’abord qu’il n’est pas question de dire que nous sommes en dictature dans notre pays aujourd’hui. Cependant, c’est une direction qui semble envisageable : quand l’Etat tente de traffiquer le chiffres du chomâge pour calmer la population, quand il tente, à son plus haut niveau, de maîtriser les médias, soit par des liens douteux avec des propriétaires, des financeurs ou des actionnaires, soit par l’intermédiaire de conseils tenus en laisse (CSA), quand il augmente le prix du transport public pour financer, entre autre, un système qui enregistre vos déplacements, quand il impose le fichage ADN aux délinquants, aux manifestants interpelés, quand, en cas d’émeutes dans les quartiers pauvres, il mobilise plusieurs centaines de policiers pour boucler une zone et fait appel à des témoignages rémunérés... etc, on est en droit de se poser la question : jusqu’où devons-nous accepter cette "tendance".
Mais pour parler de libéralisme autoritaire en France, il faut aussi se donner un cadre théorique. Un texte de Michel Clousard de 1973 vient d’être réédité ("Néo-fascisme et idéologie du désir") qui parle de Mai 68 et de ce qu’il appelle le "néo-fascisme" ou "libéralisme libertaire" qui réduit l’humain à un seul domaine : celui de la consommation, en allant séduire chez lui le désir le plus intime. Je pense que c’est une bonne base de réflexion pour poser la question du libéralisme autoritaire aujourd’hui, et pour comprendre qu’il n’y a pas de discontinuité entre la tendance libertaire du libéralisme, et celle, plus visiblement autoritaire qui s’installe aujourd’hui...