J’ai voté en faveur de la publication de cet article, car il pose une problématique intéressante, mais je suis en désaccord avec l’analyse de l’auteur.
Sur la personalité des deux hommes tout d’abord :
François Bayrou, malgré son côté homme de lettre et cultivé, est fondamentalement un homme de terroir. Son projet politique est fortemment influencé par un certain "bon sens", voire un certain conservatisme en matière économique par exemple, ce qui explique son aversion pour la dette publique. Il est totalement insensible aux paillettes, au décorum, à la politique spectacle.
Au contraire, Bertrand Delanoë est un homme de communication, un bobo du microcosme parisien. En matière de projet politique, il "papillone" tandis que Bayrou trace un sillon. Delanoë peut être brillant tandis que Bayrou sera solide. Et Delanoë est un pragmatique tandis que Bayrou assoit son projet sur une vision forte et pesonnelle de la société.
En matière de projet donc, Bayrou propose une vision, sa vision, aux français, qu’il a bâti en sillonant la France et en s’inspirant d’abord du "peuple", du français moyen. Delanoë s’entoure de bon experts, et propose une vision consensuelle, non pas sa vision mais celle qu’il pense être la plus à même d’avoir une audience.
Enfin, en matière d’échéances politiques, Delanoë ne peut en aucun cas ressembler à Bayrou en 2007 : ce dernier était l’outsider à abattre, l’empécheur de dueller en rond entre le duo adoubé Sego-Sarko. Et il tiendra de nouveau ce rôle en 2012, le poil à gratter du paysage politique, celui qui dérange. Delanoë, s’il emporte le parti socialiste, sera au contraire le challenger officiel, celui qui sera tout aussi omniprésent au sein des média que la candidat UMP, avec pour principal défaut son parisianisme marqué. Quant à un éventuel rassemblement, rien ne se fera avant l’élection de 2012. L’attitude de Delanoë à Paris aux municipales démontre bien que l’ouverture au centre n’est pas dans son agenda. S’il y est contraint, il la fera par pragmatisme, mais certainement pas par conviction. Au contraire, l’ambition de Bayrou est de faire sauter les lignes, et de recomposer le paysage politique. S’il est élu, le PS et l’UMP éclateront, et la politique sera totalement différente de ce que nous avons connu jusqu’ici. Tandis que si Delanoë est élu, nous retrouverons une gestion beaucoup plus traditionnelle, "chiraquienne", du pays.