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fonzibrain 11 juin 2008 11:48
W.Best

Pour bénéficier de l’exonération de vérité ou de bonne foi, le prévenu doit de surcroit prouver que sa démarche est légitime, motivée par le devoir d’information : s’il découle automatiquement de la fonction de journaliste de la grande presse, un site indépendant peut avoir plus de mal à le faire reconnaître.

Media- Ratings, dont Philippe Karsenty est directeur de la publication, se présente comme « une « instance indépendante évaluant la fiabilité des informations diffusées par les médias ». Tout pouvoir ayant par essence tendance à devenir abusif s’il n’est pas limité par un contre pouvoir, Media Ratings postule que « face à l’influence grandissante que les médias prennent dans les sociétés modernes il est nécessaire de disposer d’un outil fiable d’évaluation ». Il élabore ainsi une méthode d’analyse selon 7 critères : Précision, Homogénéité, Indépendance, Liberté, Transparence, Responsabilité Exhaustivité. (qui se déclinent en sous-critères.)

Invoquer le droit à l’information peut inciter le juge à plus de rigueur envers un site indépendant (qu’il n’en aurait montré pour un site amateur) et se révéler périlleux, s’il est poursuivi par une chaîne nationale qui dispose d’énormes moyens pour attaquer. Enfin, les grands médias peuvent-ils être tentés d’utiliser la diffamation pour échapper à toute critique, tout en considérant que les exonérations de diffamation doivent être réservées à leur usage exclusif.

La cour d’appel a tranché : « (…) il est incontestablement légitime pour une agence de notation des médias d’enquêter, serait-ce en raison de l’impact qu’on eu les images critiquées dans le monde entier, sur les conditions dans lesquelles le reportage en cause a été tourné et diffusé, et de porter les résultats de l’enquête à la connaissance du public ainsi que de les soumettre à la critique des professionnels.

(…) alors que Philippe Karsenty aborde des sujets d’intérêt général, telles les méthodes de travail des médias et, précisément de la chaîne publique, la force des images et la pertinence des commentaires sur le vif, partant, du droit du public à une information sérieuse, ce qui donne toute sa légitimité à la publication de ses recherches, Charles Enderlin peut d’autant moins se soustraire à la critique qu’elle le vise en tant que professionnel de l’information, correspondant en Israël et dans les territoires palestiniens pour les journaux télévisés de France 2 diffusés aux heures de grande audience, et qu’à ce titre il s’expose inévitablement et consciemment à un contrôle des plus attentifs de ses faits et gestes de la part de ses concitoyens comme de ses confrères… »

Sans trancher sur le fond (l’authenticité ou non des faits) ce qu’elle n’a d’ailleurs pas à faire, compte tenu de la spécificité de l’affaire, la cour rejette l’exception de vérité, laquelle doit être « parfaite, complète et corrélative aux imputations diffamatoires dans leur matérialité et toute leur portée » car, « en faisant valoir que ses offres de preuve établiraient un montage douteux, largement contesté à la date de la diffusion des propos incriminés, le prévenu ne peut prétendre démontrer le fait d’avoir sciemment diffusé un faux reportage (…) ».

En somme, la pertinence ou non de la démonstration n’est pas le motif du rejet de l’exception de vérité : prouver qu’un reportage est douteux, ou même mis en scène, ne prouve pas pour autant que le journaliste (absent du terrain) qui a commenté les images, ait été au courant. Cela ne prouve pas d’avantage que le diffuseur, France 2, s’en soit rendu compte. Faire une erreur, n’équivaut pas à diffuser consciemment et volontairement un faux, « tant il est vrai que la première imputation (accuser le reportage d’être douteux) ne constitue au mieux qu’un diminutif de l’imputation poursuivie : accuser Enderlin et la chaîne d’avoir sciemment diffusé un faux. Les expressions employées par Media Ratings, « effectivement diffusé un faux » « se sont livrés à cette supercherie », « imposture médiatique », peuvent s’entendre e se résumer par le terme sciemment.

Reste donc l’exception de bonne foi.

Le jugement rappelle que, pour la bonne foi « Il convient d’apprécier la validité de l’enquête du prévenu en fonction, non pas de sa vertu démonstratrice de la vérité des imputations diffamatoires, mais de la valeur et de la variété des sources utilisées, ainsi que de la pertinence de leur contenu. »

(…) « l’enquête de Philippe Karsenty fait ressortir deux grands types de critiques à l’encontre du reportage, soit que Charles Enderlin ait présenté à tort les tirs mortels comme délibérés en provenance des positions israéliennes, soit que les images de la mort du jeune Mohammed Al –Dura, fictives, ne correspondent pas à la réalité commentée par le journaliste. »

Philippe Karsenty « s’appuie essentiellement sur l’incohérence inexplicable, des images visibles, selon lui, même dans la scène principale, sur l’absence de caractère probatoire des photos des blessures de Jamal Al dura présentées par France 2, enfin sur les réponses contradictoires de Charles Enderlin aux interrogations relatives aux coupures existant dans son montage, comme de celles de son cameraman au sujet de l’enchaînement des scènes filmées et des conditions de tournage. » (…)

« Charles Enderlin n’a pas été témoin des faits qu’il a commentées », (…) « selon un procédé nullement contraire à la déontologie des journalistes, dès lors qu’il est compris des spectateurs » mais, note la juge, « les indications données (…) ne permettait pas nécessairement d’en déduire que le commentateur n’était pas sur les lieux » et « ce fait avait conduit Philippe Karsenty à s’interroger sur la concordance entre les images choisies par le cameraman palestinien(c’est moi qui décide de ce qui est important) l’entend- on dire dans une des interviews, et le commentaire de ces images par Charles Enderlin. »

Le film d’Esther Shapira réalisé pour la chaîne allemande ARD en Mars 2002, (l’équivalent de nos Fr 2ou Fr 3) en mars 2002, et le film Al Dura, réalisé en novembre suivant par la Mena à partir des déclarations du physicien « Nahum Shahaf, désigné pour diriger une commission d’enquête initiée par le commandant de la zone sud », ne parviennent pas aux mêmes conclusion : le premier conforte la thèse de la mort de l’enfant sous une balle perdue palestinienne, le second conclut à une mise en scène, mais « il n’importe pas que ces thèses soient inconciliables, dès lors que les deux documents ont conduit le prévenu, par étapes successives, à interroger le reportage de France 2 quant à la réalité des faits rapportés par des professionnels de l’information. »

« La thèse dite de la Mena, sujet de l’ouvrage de Gérard Huber « Contre expertise d’une mise en scène » paru en janvier 2003 (mise en scène) qui infère, du fait qu’on voit de jeunes Palestiniens mettant à profit la présence de caméras pour jouer des scènes de guerre et de blessures, le caractère fictif de la mort du jeune Mohammed AL DURA, reprise par Philippe Karsenty, s’appuie sur les réticences persistantes de France 2 à laisser visionner les rushes de son cameraman, sur l’imprudente affirmation, par Charles Enderlin, qu’il aurait coupé au montage l’agonie de l’enfant et sur les déclarations faites par plusieurs journalistes ayant visionné les rushes.

Vient alors l’analyse du témoignage de Luc Rosenzweig, ancien rédacteur en chef du monde, et de l’article, versé au dossier, de Denis Jeambar (directeur de l’express) et Daniel Lecomte, producteur réalisateur de Dock en stock/Arte, lauréat du prix Albert Londres.

Il sont les seuls journalistes à qui la chaîne France 2 avait accepté de montrer les rushes, qu’ils ont visionnés en présence d’Arlette Chabot et de Didier Epellbaum.

Le jugement examine d’abord le témoignage de Luc Rosenzweig : « après avoir rencontré en mai 2004des confrères lui ayant fait part de leurs doutes sur le reportage de Charles Enderlin et s’en être ouvert, par la suite, à Denis Jeambar et à Daniel Leconte, il a visionné avec ceux-ci le 22 octobre 2004, les rushes de France 2 et a été surpris de ce que, sur les 27 minutes des rushes de Talal Abu Ramah, plus de 23 minutes de scènes filmées n’avaient rien à voir avec les images diffusées par la chaîne, dont celles de la mort du petit Mohammed, et consistaient dans la présentation de fausses scènes de guerre par de jeunes Palestiniens ; » (…) le témoin a conclu à l’audience de première instance « en déclarant avoir la conviction que la version de la mise en scène(de la mort de l’enfant) a une probabilité plus grande que la version présentée par France deux, tout en reconnaissant qu’en tant que journaliste, les critères ne permettent pas d’aller plus loin. »

Le témoignage de Luc Rosenweig est « conforté par les opinions, non contraires pour l’essentiel, de Daniel Lecomte et de Denis Jeambar, issues d’un point de vue donné au Figaro du 25 janvier 2005 et (…) et d’une interview diffusée le 1er février 2005 sur l’antenne de RCJ. »

« Les deux journalistes déclarent sans ambiguité avoir confié à Arlette Chabot leurs doutes sérieux mais être prêts à écarter les accusations de Rosenzweig sur la mise en scène de la mort de l’enfant si le visionnage de l’ensemble des rushes tournés par Talal Abu Rahma confirme ce que Charles Enderlin a déclaré à deux reprises au moins, dont à Télérama : j’ai coupé l’agonie de l’enfant. C’était insupportable… Cela n’aurait rien apporté de plus » puis, au vu des rushes, que cette fameuse agonie qu’Enderlin affirme avoir coupé au montage n’existe pas. »

Voici l’extrait du texte de l’article :

Sauf que le visionnage des rushes ne nous apprend rien de plus sur « l’agonie de l’enfant ». Ou plutôt, si ! Cette fameuse « agonie », qu’Enderlin affirme avoir coupée au montage, n’existe pas.

(…) En revanche, le visionnage permet de relever, avec l’approbation de nos confrères de France 2 présents autour de la table, que, dans les minutes qui précèdent la fusillade, les Palestiniens semblent avoir organisé une mise en scène. Ils « jouent » à la guerre avec les Israéliens et simulent, dans la plupart des cas, des blessures imaginaires. Le visionnage intégral des rushes démontre aussi qu’au moment où Charles Enderlin donne le gamin pour mort, tué par les Israéliens, c’est-à-dire le soir même sur le journal de France 2, rien ne lui permet d’affirmer qu’il [le garçon] est vraiment mort et encore moins qu’il a été tué par des soldats israéliens. Tout, bien au contraire, à commencer par l’emplacement des uns et des autres sur le terrain, incriminerait plutôt une ou des balles palestiniennes.
Face à cette dernière remarque, nos confrères de France 2 reconnaissent que rien, effectivement, ne permet de dire que l’enfant a été touché par des tirs israéliens (...)"

Le jugement poursuit : (…) selon eux, les journalistes de France 2 leur ont assuré lors de la séance de présentation des rushes que leurs experts eux même ont démontré (…) que l’enfant a été touché par des éclats, ( ?) ou par des balles qui auraient ricoché sur la chaussée, des balles, qui, en tout état de cause, ne visaient, ni l’enfant, ni le père. (…)

Mais (…) « tout en notant que leur confrère devrait reconnaître qu’il avait extrapolé à partir des rushes et de la version des événements fournie par son cameraman, et que le commentaire sur « la barbarie israélienne » n’ a rien à voir avec les images qui ont fait le tour du monde, Denis Jeambar et Daniel Lecomte refusent de prendre à leur compte la thèse de la mise en scène de la mort de l’enfan .

Ils s’appuient, « sur le film de Talal Abu Rahma présenté par France 2 le 18 novembre 2004 pour démontrer que les blessures du père correspondaient exactement aux pansements qu’il avait le lendemain à l’hôpital de Gaza » sans, note la juge au passage, « s’arrêter sur la possibilité d’une contradiction entre les photos qui leur ont été présentées et leurs propres constatations que, dans les rushes, le père porte un T- shirt sur lequel on ne voit aucune trace de sang. »



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