Enfin, « Richard Landes, journaliste, professeur à l’université de Boston »(…), « après avoir étudié les rushes de Reuters et le reportage de Charles Enderlin avec lequel il s’est entretenu » conclut à la probabilité de la mise en scène de la mort de l’enfant (à plus de 95 pour cent).
La juge reprend alors les conclusions du premier jugement, et expose ses raisons de l’infirmer.
Rappelons encore une fois ici, qu’il est possible d’être acquitté au bénéfice de la bonne foi, même en ayant fait une erreur, on peut « se tromper de bonne foi » à condition de prouver sa sincérité. (l’auteur disposait d’éléments suffisants pour croire à la vérité des faits relatés).
Mais l’erreur de bonne foi n’est pas le motif invoqué par la juge. Sans pour autant la valider, la cour ne considère pas que la thèse de Philippe Karsenty soit erronée : au vu des rushes, les arguments et preuves présentés apparaissent désormais assez solides et pertinents pour qu’on ait le droit de la prendre en compte sans être traîné et condamné en justice.
En effet les rushes, demandés en appel comme complément d’information, qui, avait-il été affirmé pendant 7 ans, devaient présenter les critères d’authenticité absents du reportage diffusé, ne permettent pas d’infirmer les éléments du dossier, suffisamment étayé pour qu’un doute sérieux soit légitime. Enfin les attestations produites par le cameraman, ne peuvent pas être tenues pour parfaitement crédibles.
Le Monde introduit ainsi son article intitulé : « Charles Enderlin a perdu son procès » : « Un permis de douter a été décerné, mercredi 21 mai, par la cour d’appel de Paris, dans l’affaire qui oppose, depuis sept ans, France 2 et Charles Enderlin au directeur d’une agence de notation des médias, Philippe Karsenty, à propos des images de la mort de, Mohammed Al Dura, 12 ans, dans les bras de son père à Gaza. »
« (…) si aucun des arguments du prévenu ni les conclusions de l’enquête menée à l’initiative personnelle du général Samya (…) ni l’imprudente affirmation de Charles Enderlin déjà relevée, (concernant l’agonie de l’enfant) n’a paru aux premiers juges à lui seul suffisamment déterminant en regard du reportage contesté, il apparaît que l’examen, en cause d’appel, des 18 minutes de rushes de Talul Abu Ramah communiquées par France 2 ne permet pas d’écarter les avis des professionnels entendus au cours de la procédure ou ayant versé leurs contributions aux débats, les attestations produites par les soins du cameraman (…) ne pouvant pas, en revanche, au vu de leur présentation comme de leur contenu, être tenues pour parfaitement crédibles. »
Puis la juge écarte l’argument opposé à Media Ratings, le silence et/ou l’absence de soutien supposée de l’armée israélienne à sa thèse : « aucun principe ne permet de refuser sans examen ni explication tout crédit à un document qui ne bénéficierait pas d’un label officiel ou qui ne recueillerait que peu de crédit de la part des autorités, ».
Elle relève aussi que « les premières déclarations des autorités israéliennes, notamment celle du Général Eiland, ont été faites au vu des seules images du reportage de France 2, qu’il est par ailleurs notoire, ainsi que l’ont expliqué Denis Jeambar et Daniel Lecomte, que l’armée israélienne ne répond quasiment jamais sur rien, c’est le choix de communication qu’elle a fait. »
Enfin, analyse est faite de la réponse de Charles Enderlin à Denis Jeambar et à Daniel Lecomte dans le Figaro du 27 janvier 2007.
« en répondant (…) que l’image correspondait à la réalité de la situation non seulement à Gaza, mais aussi en Cisjordanie, alors que la définition d’un reportage s’entend comme le témoignage de ce que le journaliste a vu et entendu, Charles Enderlin a reconnu que le film qui a fait le tour du monde en entraînant des violences sans précédent dans toute la région ne correspondait peut-être pas au commentaire qu’il avait donné, ce qui est également l’avis donné par Daniel Dayan, directeur de recherches au CNRS et spécialiste des médias, dans son attestation »
Le jugement examine ensuite la prudence, un des critères nécessaires pour retenir la bonne foi.
« il convient de souligner que les limites de la critique admissible sont d’autant plus grandes que le sujet est d’intérêt public et les accusations étayées sur un faisceau d’éléments d’enquête, et d’autant plus larges à l’égard de ceux qui, par leur fonction ou leur activité, s’exposent au public.
Que c’est en ce sens qu’il convient d’entendre le propos de Francis Balle, professeur à l’université de Paris 2, spécialiste de l’image et de l’information, qui a déclaré devant le tribunal qu’il ne lui semblait pas que Philippe Karsenty ait franchi la ligne jaune en usant des termes incriminés pour parler d’un sujet d’intérêt public. »
« Enfin, (…) il résulte d’une lecture plus approfondie de l’article en ligne, (…) que leur auteur explique avec véhémence, mais sans véritable outrance en quoi la chaîne publique a mérité sa critique au regard des critères de notation de son agence.
« le prévenu rappelle les faits, relate la polémique, indique que la Mena accuse la chaîne française de faux, avant de donner sa propre analyse et ses conclusions, (…) dans ce cadre, il qualifie le premier épisode de pure fiction, ce qui est aussi soutenu par plusieurs des grandes signatures de la presse et de l’information ayant vu les rushes en 2004 ; « il expose ensuite, au sujet de la scène principale, dans laquelle il a observé des incohérences inexplicables et des contradictions dans les explications sur l’agonie de l’enfant donnée par Charles Enderlin, que celui-ci se trompe, ce qui revient à lui imputer une simple erreur, et du même coup, trompe le public, ce qui apparait comme une formulation euphémique ; (…) en concluant par une interrogation sur les raisons de chercher et couvrir cette imposture, Philippe Karsenty aborde le fond du sujet avec une vivacité de l’expression que l’importance de la question débattue doit pourtant autoriser.
Vient ensuite l’analyse des buts légitimes (informer et non pas nuire).
Le jugement écarte l’animosité personnelle : les attestations produites par l’accusation sont postérieures à la publication de l’article et du communiqué dont le contenu ne révèle « aucun sentiment personnel hostile à l’égard de Charles Enderlin et de France 2 . »
Le jugement rappelle enfin l’intérêt général inclus dans la problématique de fond : « le danger d’un pouvoir, en l’occurrence celui de la presse, en l’absence de contrepoids, et le droit du public à une information sérieuse », et conclut que :
(…) Philippe Karsenty a exercé de bonne foi son droit de libre critique ; que, ce faisant, il n’a pas dépassé les limites de la liberté d’expression reconnue par l’article 10 de la convention européenne des droits de l’homme, laquelle vaut non seulement pour les informations ou idées accueillies avec faveur ou considérées comme inoffensives ou indifférentes, mais aussi pour celles qui heurtent, choquent ou inquiètent.
Que la décision de première instance sera donc infirmée, Philippe Karsenty renvoyé des fins de la poursuite et les parties civiles déboutées de leurs demandes.
La copie PDF de l’intégral du jugement est sur wikipedia en notes
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9/ ANNEXE :
LES PERSONNES CITEES DANS LE CORPS DU JUGEMENT
TEMOIGNAGES EN FAVEUR DE KARSENTY (A LA BARRE OU EN ATTESTATION)
FRANCIS BALLE : ancien assistant de Raymond Aron , professeur de sciences politiques à l’université de Paris 2, spécialiste de l’image et de l’information, De 1989 à 1993, membre du Conseil supérieur de l’audiovisuel Depuis 2004, membre du Conseil d’administration de la société Radio France. Crée en 1999, le Master professionnel Communication et Multimédia (ex. DESS Communication et Multimédia). Il y dirige l’Institut de Recherches et d’Études sur la Communication (IREC).
http://fr.wikipedia.org/wiki/Franci...
DANIEL DAYAN : directeur de recherche au CNRS, spécialiste de la sociologie des médias.
http://cems.ehess.fr/document.php?id=181
GERARD HUBER : docteur en psychopathologie clinique et psychanalyse (Paris), et psychanalyste. A été membre du comité d’éthique du CNRS (COPE) et vice-président de la commission française "sciences fondamentales et appliquées" à l’Unesco. Spécialiste de bioéthioque, a pris position contre les tests ADN. Auteur de Contre expertise d’une mise en scène.
www.gerardhuber.fr/
RICHARD LANDES journaliste, professeur à l’université de Boston. Richard Landes is an American historian and author, specializing in Millennialism. He currently serves as an Associate Professor in the Department of History at Boston University. Landes is the director of the Center for Millennial Studies
http://en.wikipedia.org/wiki/Richard_Landes
LUC ROSENZWEIG ; ancien journaliste à Libération, puis rédacteur en chef du Monde. Aujourd’hui écrivain.
http://fr.wikipedia.org/wiki/Luc_Rosenzweig
ESTHER SHAPIRA ; rédactrice auteur - réalisatrice de la chaîne allemande ARD, (équivalent Fr 2/Fr 3) auteur du documentaire Qui a tué Mohammed Al Dura ?
http://www.3sat.de/3sat.php?http://...
en 2002
http://www.3sat.de/3sat.php?http://...
EXPERTISE BALISTIQUE : Jean-Claude Schlinger, expert en armes et munitions près de la cour d’appel de Paris, agréé par la cour de cassatio. rapport sur Wikipedia :
Affaire Al Dura :
http://fr.wikipedia.org/wiki/Affair...
/ Rapport établi[pdf] par Jean-Claude Schlinger.
TRAVAUX CITES ET ANALYSES DANS LE DOSSIER DE LA DEFENSE JEAMBAR ; directeur de l’express jusqu’en 2006. Denis Jeambar débute sa carrière dans la presse écrite à l’hebdomadaire Paris-Match en 1970, puis il est recruté, en 1972, par l’équipe fondatrice du Point. Actuellement directeur des éditions du seuil.
DANIEL LECONTE : Lauréat du prix Albert Londres, il dirige Doc en stock et Films en stock, sociétés de production de films documentaires et de fictions pour la télévision et le grand écran. Il anime le plateau de De quoi je me mêle, c’est-à-dire le débat suivant les documentaires des Thema d’Arte, http://fr.wikipedia.org/wiki/Daniel_Leconte
METULA NEWS AGENCY DITE MENA : agence de presse franco israélienne controversée basée à Metula, à la frontière du Liban. Force est de constater que chaque fois que ses informations ont pu être vérifiées, elles se sont révélées exactes, ce qui ne prouve pas que ce qui n’a pas pu l’être, le soit. Défend et enquête sur la thèse de Nahum Shahaf. Le site semble « politiquement éclectique », mais soutient les accords de Genève fr.wikipedia.org/wiki/Metula_News_Agency
NAHUM SHAHAF : physicien, " spécialiste du guidage des missiles pour l’armée israélienne "d’après Jeune Afrique. " En tout état de cause, d’après Adi Schwartz dans le Haaretz du 4 11 07 : "(..) La nomination de Shahaf, qui n’avait aucune fonction militaire ni policière officielle, à cette époque suscite la critique du fait des doutes qu’il avait émis, dans le passé, sur l’identité de l’assassin du Premier ministre, Yitzhaq Rabin (...)" (selon d’autres sources, il aurait étudié l’implication possible de complices et non mis en doute l’identité de l’assassin).
http://bellaciao.org/fr/spip.php?article67305
voila on ne peut faire mieux
je tiens à remercier michel rollin pour ce travailde synthese extremement riche
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