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finael finael 18 juillet 2008 19:04
Un ouvrage toujours actuel ...

Dès sa sortie, le Capital a été attaqué et critiqué, ce qui est normal pour un ouvrage aussi engagé et militant, tandis que les penseurs socialisants, ou communisants, comme Lénine tentaient de continuer dans cette voie. A la suite de krach boursier de 1929 de nombreux intellectuels progressistes se sont rapproché des thèses marxistes, mais la classe dominante réagit vite et dès 1930 John Maynard Keynes publie son Traité de la Monnaie, suivi, en 1936, par sa Théorie Générale de l’Emploi, de l’Intérêt et de la Monnaie où il entend démontrer la fausseté de la théorie marxiste de la valeur pour la remplacer par la théorie de la "valeur marginale", reprenant ainsi la voie de J.B. Say et de Ricardo aux siècles précédents. Mais, de façon contradictoire avec ses thèses "libérales", il soutient l’intervention de l’état, aux U.S.A dans le "New Deal" de Roosevelt[1].

Toutefois ni la théorie de Keynes, ni celles de ceux qui lui ont succédé comme Kenneth Galbraith, n’ont su prévoir ni expliquer quoi que ce soit : ni les krachs, ni les guerres, ni le chômage, ni même la folle croissance des "trente glorieuses". Et alors même qu’aucune de leurs prédictions ne s’est jamais réalisée, ils sont toujours considérés (et rémunérés) comme des prophètes !

Depuis la guerre froide, le stalinisme, et plus encore l’effondrement de l’Union Soviétique, il est de bon ton, dans nos sociétés, de proclamer haut et fort que les idées de Marx sont totalement dépassées, périmées voire archaïques. Ne parle-t-on pas des "nostalgiques" du communisme ?

Mais il faut relire ces pages où Marx pourfend l’exploitation au rabais des femmes[2], dénonce le pillage et la destruction des "ressources naturelles"[3], l’exploitation sauvage de ce qu’il n’appelait pas encore les pays du tiers-monde, les ravages de l’alcool et de la drogue, eh oui ! "La consommation de l’opium se propage chaque jour parmi les travailleurs adultes et les ouvrières (...)", autant dire qu’on n’a guère inventé depuis.

Si la société marchande capitaliste a su, plus que d’autres, s’adapter aux conditions qu’elle a fait naître, absorber, voire digérer ses détracteurs, la division de la société entre "ceux qui possèdent la richesse et ceux qui ne possèdent qu’eux-mêmes et sont donc obligés de vendre leur force de travail" ne me semble pas avoir perdu de sa pertinence, bien au contraire : il n’y a jamais eu aussi peu, proportionnellement, de riches aussi riches[4]. Est-ce un hasard si l’on parle tant de l’accroissement des inégalités ?[5]

Et comment peut-on oser soutenir que la lutte des classes est un concept périmé quand la moindre diminution du chômage provoque l’effondrement des bourses mondiales alors que son accroissement, comme l’augmentation des inégalités, provoquent une envolée des cours. Le comportement des boursicoteurs trahit inconsciemment la pérennité du conflit social.

Quant à la nature et à la provenance de la richesse et de la valeur des choses, il est clair que la définition marxiste est inacceptable pour les possesseurs de richesse qui tentent à tout prix de justifier le fait que l’argent va à l’argent. Pour eux, au contraire "ce qui est bon pour General Motors est bon pour le pays".

 

... Dans un système dont le visage a changé

Par contre, et pour cause, Marx n’a pas vu l’évolution du système après sa mort : celui-ci ne s’est pas effondré "naturellement", en tout cas pas encore, et a continué à évoluer. Des aspects nouveaux sont apparus.

- L’évolution de l’actionnariat en "pompe à phynances" où des masses de petites parcelles de propriété, de richesse, retombent dans la poche des gros, des "loups de bourse" (bien qu’il ait vu et identifié le phénomène), accélérant la concentration de la fortune. C’est l’évolution inverse de celle qu’attendait Marx : pour lui, le développement de l’actionnariat entraînant la propriété collective, sociale des moyens de production, associé à la formation progressive de cartels et de monopoles, devait exacerber les contradictions sociales et fournir une solution au passage à une société meilleure. Mais c’est devenu le champ clos de la nouvelle aristocratie financière qui y accapare la richesse foncière (on dirait aujourd’hui immobilière), productive et commerciale. Les "privatisations" anglaises et françaises, dès qu’on les voit avec un peu de recul, sont une excellente illustration du phénomène.

- L’incroyable augmentation de la productivité, et donc du profit, qui a permis d’en redistribuer une quantité suffisante pour donner un "visage humain" au système : Les miettes accordées aux travailleurs représentant déja un progrès considérable par rapport au siècle dernier. Mais en même temps, la consommation de ces mêmes travailleurs a été de plus en plus dirigée, par une propagande aussi insidieuse qu’intense de manière à ce que le système récupère d’une main ce qu’il a accordé de l’autre[6].

- L’échec, en Russie, d’un système politique trop vite qualifié de "communiste", ce qu’il n’a jamais prétendu être, mêmes aux pires époques du stalinisme[7]. Il s’agissait en fait, à partir de 1923 jusque dans les années 70, d’une dictature sanguinaire et rétrograde. Ce système ne s’est d’ailleurs pas, comme on le prétend, effondré "de lui même", mais bien à la suite d’une guerre économico-diplomatique (quand ce n’étais pas militaire) ayant duré plus de soixante-dix ans !

- L’apparition d’une propagande phénoménale[8] qui a permis la transformation du "voile pudibond" jeté par le système sur sa véritable nature en un masque épais. Grace aux nouveaux médias, et suivant l’exemple donnés par le nazisme et le stalinisme, une véritable "dictature intellectuelle" s’est instaurée dès l’école et le plus jeune âge : intériorisation, dès l’enfance, du modèle et de la "règle du jeu" d’un système non plus dominant, mais écrasant, omniprésence sonore et visuelle du message unique : "achetez, achetez, acheter c’est vivre, j’achète donc je suis !". Simultanément l’objectif officiel de l’éducation des masses est devenu la formation de travailleurs, et non plus de citoyens[9]. Travailleurs bien dressés, efficaces, spécialisés pour un travail parcellisé, "flexibles".

- L’accroissement tout aussi phénoménal du contrôle social : Lois, règlements, papiers, contrôles, polices, "télésurveillance", etc. Tous moyens permettant de contenir les velléités de "la populace" à changer de sort[10]. On ne réalise guère aujourd’hui[11] que dans les états "libres et démocratiques" les gens doivent se plier à une quantité de règle bien plus importante que, par exemple, sous l’ancien régime, que les effectifs et les moyens de la police et de la gendarmerie sont de très loin supérieurs à ce qu’ils ont jamais été dans l’histoire de notre pays, etc ...


[1] Et ce n’est pas sa seule contradiction !

[2] Ainsi que des enfants à son époque.

[3] : " ... [La production capitaliste ... ] trouble encore la circulation matérielle entre l’homme et la terre en rendant de plus en plus difficile la restitution de ses éléments de fertilité, des ingrédients chimiques qui lui sont enlevés et usés sous forme d’aliments de vêtements, etc ... "

[4] Bill Gates "pèse" 70 milliards de dollars. UN capitaliste = Le déficit du budget social + celui de l’entreprise ferroviaire d’état d’un des pays les plus riches au monde : le nôtre.

[5] Au début du siècle J.P. Morgan, industriel américain, estimait que l’écart entre les revenus des ouvriers et ceux du patron ne devait pas dépasser un facteur 20 pour rester compatible avec son éthique. Or le journal Le Monde cite en 1994 le livre "The Cost of Talent" de Drek Bok dans lequel l’auteur révèle que la rémunération moyenne des PDG était de 43 fois le salaire ouvrier en 1960, de 100 fois en 1980 et de 143 fois en 1993, année où le PDG de Disney touchait 8000 fois le salaire de ses ouvriers (cité par J.C. Guillebaud : La trahison des Lumières, Le Seuil, 1995).

[6] C’est le raisonnement génial d’Henry Ford : "Je produis des voitures. En augmentant la productivité je peux multiplier la production en divisant le coût d’un côté, et être un "bon" patron en payant mes ouvriers largement au dessus de la moyenne de l’autre. Et que font ces ouvriers de tous ces sous, et bien il m’achètent mes voitures, et ainsi me reversent en partie le salaire que je leur donne".

[7] Ses dirigeants le présentaient en fait comme "sur la voie du socialisme", ce qui n’est pas la même chose !

[8] Je ne peux pas développer ce thème ici, car il est trop vaste, mais c’est le sujet d’un de mes articles dans feu Quipos, et j’en prépare d’autres sur le sujet.

[9] Autrement dit, l’école, trahissant sa vocation initiale, est devenue une annexe de l’entreprise payée par l’état, c’est à dire les citoyens, c’est à dire vous et moi.

[10] Renforcement qui trahit, par son seul fait, l’aggravation des inégalités et des tensions.

[11] C’est une des raisons d’être de la propagande d’ailleurs.




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