Bonjour,
J’ai lu votre article avec intérêt jusqu’au bout. Il commence bien, et votre réflexion sur ce sujet apparaît sérieuse et nuancée. Puis vous me semblez vous emporter en vous lançant dans des diatribes confuses qui déservent votre pensée.
Je travaille sur le sujet de l’impunité des crimes de masse depuis plusieurs années et prépare ma thèse de doctorat de droit public international (Paris-Sud) sur un aspect de celui-ci : l’amnistie.
Pour faire court, car votre exposé mériterait beaucoup de commentaires, disons seulement ceci :
1. En toute hypothèse, le fait que, par des actes comme celui que vous dénoncez (l’inculpation du président soudanais), les chefs d’Etat de tous continents, peu scrupuleux des droits de l’homme, se sentent menacés, constitue un progrès par rapport à la situation antérieure.
2. Je suis d’accord avec vous sur le caractère hasardeux de la définition des violations des droits humains au Darfour comme un génocide ; mais il n’en reste pas moins que le gouvernement du Soudan a commis des crimes contre l’humanité sur lesquels il me semble normal que la CIJ puisse se prononcer.
3. Je suis également d’accord avec vous sur l’affaire de cet adolescent torturé à Guantanamo ; le fait que ses bourreaux, quelque soit leur situation dans la hiérarchie militaire, ne soient pas inquiétés, constitue un déni de justice. Mais ne concluons pas trop rapidement. Rien ne nous prouve qu’un jour, peut-être plus rapidement qu’on le pense, les auteurs ne seront pas jugés.
4. S’agissant de l’exclusion de fait des ressortissants américains du champ d’action des tribunaux internationaux, vous dénoncez à juste titre un scandale d’autant plus grand qu’il est contre-productif. En effet, à chaque fois qu’une de nos juridictions internationales se penche sur la situation d’un dirigeant africain, on invoque le "deux poids deux mesures" de cette justice internationale.
Ce qui nous manque, cher Monsieur, à vous comme à moi, c’est le recul. L’institution d’une justice internationale, dont vous avez dénoncé certaines imperfections, est beaucoup trop récente pour que nous puissions la brocarder sans nuance. La création des premiers tribunaux, dans les circonstances que vous avez rappelés, constitua un énorme pas dans la bonne direction. N’en demandons pas trop tout de suite à cette nouvelle et énorme structure ! Dénonçons ses imperfections, comme vous le faites, oui ! Mais ne lançons pas d’invectives à l’emporte pièces. Vous savez bien que nous sommes sur un terrain plus que sensible, éminement politique. Laissons faire le temps et gardons foi dans la Justice. Bien à vous.