Intriguée par le titre de cet article et le succès apparent du buzz, je suis venue jeter un oeil, et je reste encore sous l’effet d’une certaine sidération à lire l’article et le fil…
J’ai souvent apprécié (même avec désaccord) les analyses de l’auteur, mais là… j’avoue ne pas comprendre comment, sans être artiste ni critique ni historien d’art, on peut se lancer ainsi dans une critique radicale de Picasso (excusez du peu !) à travers la notion du "beau"…
Permettez-moi de dire qu’il y a là une immense naïveté à croire que l’art se résume à une question sur le "beau" ou le "réalisme" ! Tous les pratiquants de l’art ou les analystes vous diront que ni l’un ni l’autre n’existent !
Le beau relève d’un code de valeurs esthétiques expressément lié au contexte culturel.
Quant au réalisme, bien évidemment, il n’a, en soi, AUCUNE valeur artistique d’autorité, sinon, la musique, par exemple, ou la poésie, ou certaines formes d’architecture ou d’art "premier" ne seraient pas artistiques.
Je n’aurais sans doute pas pris la peine de ce commentaire, si je ne voyais ici la marque d’un nouveau symptôme, encore un, d’une rupture sociologique profonde dans notre système de valeurs, et en particulier, ici, 2 choses inquiétantes : une certaine perversion des notions d’expertise et une tendance réactionnaire assez rétrograde.
1. Est-ce encore la conséquence d’Internet ? tout le monde peut aujourd’hui donner son avis sur n’importe quoi, et il faudrait croire que tout se vaut. Cela renforce le relativisme des valeurs (artistiques, culturelles, politiques…) : il n’y a plus d’analyses, mais des opinions.
2. Un article comme celui-ci, que l’on pourrait prendre au premier degré comme provocateur et iconoclaste, et s’en amuser de la part d’un jeune, plein de l’énergie créatrice de son âge et de son désir légitime de déboulonner les idoles anciennes. Mais d’un homme mûr, qui nous parle de ses désirs érotiques personnels, je trouve que ça fait tache ! J’ai toujours défendu la jeunesse soixantehuitarde du baby-boom, pleine de sève et d’excès, mais je ne suis plus d’accord sur la ringardise vieillissante et réactionnaire du papy-boom.
Quand j’étais très jeune, il y a près de 40 ans, j’avais entendu un micro-trottoir sur une expo de Picasso (déjà), et à qqu’un qui disait qu’il aimait bien le Picasso la période bleue, une jeune femme avait répondu en riant : oui, comme tous les vieux cons…
Cette phrase, je ne l’ai jamais oubliée…