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idoine 26 novembre 2008 17:38
Marc Viot

Au café du coin, des amis jouent aux osselets avec leurs os, ils ont des visages ronds et rouges et parlent en riant autour d’un gros arbre en bois bleu, Epistogon de se dire ;
Ces amis m’ont l’air bien sympathique
Peut-être que leur parler m’égaiera ;
Moi qu’on dit fou et solitaire
Trop vieux et enfant bruyant
Je vais m’asseoir et boire à leur table
Des jus de patates a la framboise
Délicats
Je vais les divertir

Alors Epistogon s’asseoit a la table et les bonhommes au visage rond rient de le voir faire des grimaces, tordant ses milles oreilles et agitant ses trente nez ; cependant un homme de l’assistance ne rie pas, il a la bouche fermée mais on devine dans ses yeux sa langue de fer. Plus tard dans le temps, la ronde des bonhommes se lève ; toujours en riant ils rentrent dans le gros arbre bleu. Le patron du café, un chaton, range les chaises. Epistogon prend la route et va au port. Il y voit un marin vert qui l’aborde :

Je te devine derrière ton malais beau
Tu es Epistogon ;
Un homme qui n’a fait de neuf
Que la somme de cinq et quatre
Tu copies la terre comme la mer
Copie la couleur du ciel
Seulement toi tu as un fond qui est le bord
Fais toi marin avec moi Epistogon
Nous allons pleuvoir sur les océans ;
Et tu connaîtras quelques abysses
Quelques sirènes quelques poissons
Qui te feront oublier ta figure d’arc-en-ciel
Et peut-être feras-tu sortir de ton anus
Les couleurs qui te manquent ;
Une odyssée voila une carence qui te chagrine
Pourtant du bout de sa lampe elle claire
Même les draps de satins rendus noirs
Par la solitude et le vide
Allons Epistogon
Sous le point, sous la virgule
Sous le point virgule
Allons Epistogon
Connaître chacune des inhalations de la vie

Epistogon répond :

Tu me parles, mon ami
Je serais le tien
Dis que je fasse
Mais je ne parle qu’une langue
Non pas le français mais s’y approchant
Elle tombe bas car elle est sourde
Et je ne sais si elle est capable
De connaître avec toi les supplices et les joies
De l’aventure
Car vois-tu elle est bien superficiel
Comme la coquille vide d’une femme morte d’amour
Elle est fragile
Mais soit partons, mais je t’en prie, tue-moi si tu la trouves inacceptable
Car je ne peux me résoudre à me séparer d’elle
Mais, soit, partons
Et le point-virgule sera notre Athena !

Les deux compères rentrent dans le bateau du marin ; le Léviathan, Ils partirent dès l’aube pour se rendre aux corridas de Moscou acheter une cargaison de pains frais pour les vendre au Mexique le vendredi suivant, arrivé a Moscou, Epistogon dit :


Ami, il neige aujourd’hui
Jaunes et blancs
Des œufs au plat !
Ramassons et faisons fortune
De la vente de ces trésors
Un bouquet de fleurs de cendres
Et offrons-le à Cassandre
Qui a tellement à pleurer
Réconfortons son sein
Car Moscou est belle ce soir !
Roule donc dans un drap de lit
Ce jardin suspendu dans ma poche
Roule donc dans le soir
Moscou qui brûle
Qui hurle de joie
Des colonnes rythmiques
Et son cœur qui bat si vite
Sous l’horizon du point ;
Souriant ce soir
Roule donc dans Moscou
Des paysages blancs et perdus
Désolés tel la virgule ;
Moscou est belle ce soir !
Je veux vivre ce soir !
Mais perdu ! Égaré au rythme battant de mon cœur ;
Recueillant de ma bouche
Des langues slaves
Serrant de ma main
Des alphabets cyrilliques
Et aspirant le lait de la lie de l’homme !
Ami, Ami, souris, ce soir la vie brille
Les voitures défilent honorées
Et Moscou brûle !
Roule donc dans ce bûcher immense
Ce qu’il faut pour déboîter
Les coupoles et jouer avec chacune
De leurs rougeurs !
Roule la plaine froide
Dans l’étui du Kremlin
Entre les seins de leurs femmes !
J’aime Moscou et sa neige ;
Comme j’aime son bûcher !

Et Epistogon et le marin, heureux et torches à la main, brûle chaque maison et chaque pont, et la neige fond sur la ville rouge et jaune tel que vu de loin, Moscou paraît elle, sans lendemain, donc belle ; Epistogon ému :


Ce spectacle est en fait bien lamentable
Une route adolescente finie
Grise terne sans plus de dorures
Mais, après tout qu’importe
Le vide
Et le point-virgule m’ont beaucoup vomis
Couchons, nous, attendons
Que les cochers et les sabots des chevaux
Brisent ce qui nous restent
Et étouffent les braises de Moscou
Ami, tends ta main ; vois-tu ?
L’absence de cendres de mon coeur !
Je suis bien Epistogon oui
Le roi de toutes choses
Prétentieux comme le premier des hommes
Et haineux comme le dernier
Qui regarde l’arbre et crie l’injustice
Lui, l’égoïste ; qui pleure de ne plus voir les branches
Et qui pleure du regard cruel du corbeau.
Ami, creuse ta tombe aujourd’hui
Et montre bien la merde de ton voisin
Fais jaillir son sang et ris-en,
Il en rira ; s’il n’est pas ivre

Epistogon s’arrête, s’asseoit, regarde lentement les toits de chaume maintenant arrosés de pétrole qui s’enflamment gaiement, et continue :


Il n’y a rien de plus simple que d’être fou
Il suffit de fermer les yeux au temps
L’ignorer et absent
Mais capable, tracer des points-virgules,
Tranquillement inquiétants au profane érudit
Souriant au passant
Et qui se place au front ;
Comme des icônes
Et ces signes contemplent
Le sang et la merde de nos voisins
Bien mieux que la raison.

Epistogon attend. Un nain sans sourire s’approche et le transperce de son épée, Epistogon s’est effondré :

Mes souliers ridés
Et au-dessus les soleils bleus
L’amour est mort ce soir
Sur l’herbe brûlé de Moscou.

Dans un son qui ne s’éteint nulle part
La bouffonnerie, et laquelle ! Est finie
Mais sur mon masque sur ma couronne
La peinture coule en larmes bien réelles ;
J’aimerais savoir.

FIN DE LA LEGENDE.



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