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Deneb 24 février 2009 16:50
Deneb

Votre imagerie d’Epinal souffre singulièrement de manque de réalisme. Vous n’y connaissez rien de la Yougoslavie, moi j’y ai vécu pendant 25 ans. Tout allait à peu près jusqu’à la mort du vieux en 1980. Après il y a eu le choc pétrolier. Les voitures roulaient en alternative - un jour plaque impaire, le lendemain plaque paire. On ne trouvait plus de café, ni d’huile alimentaire. Les gens, fatigués et excedés étaient prèts à suivre n’importe qui leur promettait une vie un peu moins pénible. La planche à billets se trouvait à Belgrade, et les zéros commençaient à s’accumuler sur les billets de banque. C’est là que l’académie sérbe a sortie un vieille idée, celle de la Grande Serbie, qui remplacerait à terme la fédération yougoslave. Et Slobo, l’étoile populiste montante, commençait à dire dans les discours : "Le peuple serbe souffre ! Mais le peuple serbe se laisse faire. Prenez donc votre destin en main !" La réaction croate ne s’est pas fait attendre - eux aussi commençaient a libérer de vieux démons des placards de l’histoire.

L’Europe, divisée sur la question, a au début soutenu le status quo : la fédération. Erreur ! Slobo s’est senti pousser les ailes, puisque c’était son tour dans la présidence tournante. Il a envoyé l’armée en Slovénie, mais, vu le peu de motivation des soldats et la grande motivation des Slovènes à ne pas se laisser faire, il a préféré négocier un retrait avec Kucan, le président slovène, contre la promesse de stricte neutralité. La Slovénie, trop contente de se débarasser de l’encombrante armée fédérale, acceptait. Après ce fut le massacre et la guerre. L’armée fedérale est devenue l’armée serbe, tirant sur tout ce qui bouge en Croatie et en Bosnie.On disait, ironiquement, que les serbes étaient pacifistes : il veulent une Serbie jusqu’au Pacifique.

Le bilan : on a fait quatre ans de guerre et des centaines de milliers de morts pour changer les frontières de Tito - elles n’ont pas bougé d’un pouce. Comme quoi, le vieux n’était pas si con que cela. Il avait fait une seule "erreur" : celle de ne pas avoir assuré sa succession, laissant la gestion du pays à une présidence tournante, qui ne risquait pas d’assombrir son image de héros. Dix ans après, c’en était fait de la Yougoslavie.



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