Cher Bernard Dugué,
Je me permets tout d’abord de re-poster mes impressions sur ce débat, avant de vous répondre de façon plus générale :
Comme d’autres intervenants, j’ai aussi trouvé que François Bayrou n’avait pas été aussi bon lors de cette émission que l’on aurait pu s’attendre. Son erreur a sans doute d’avoir essayer d’affronter Jean-Marie le Pen sur son terrain, celui de l’idéologie, plutôt que de l’amener sur celui qui fait la force de Bayrou, des propositions qui dépassent les clivages.
C’est d’ailleurs sur ce sujet que Bayrou a marqué des points : sa réponse au restaurateur en forme de proposition sur la possibilité de création de deux emplois sans charges pour toutes les entreprises été très convaincante.
Bon point aussi sur l’Europe, quand Bayrou réaffirme qu’il lui parait impossible de régler un certain nombre de grands problèmes à l’échelle strictement nationale, Le Pen reconnaissant d’ailleurs assez élégamment leurs différences sur ce sujet, mais j’ai cru percevoir que l’argument portait même sur Le Pen.
Un dernier bon point sur l’attitude générale de Bayrou envers les « gens du peuple » invités : il était le seul à vraiment s’intéresser à eux et à les écouter, plutôt que d’avoir l’attitude de certitude classique des politiques.
Mais il a manqué de percussion sur d’autres sujets alors qu’il avait pourtant dans sa besace beaucoup de propositions concrètes qu’il aurait pu/dû faire valoir.
Côté Le Pen, il ne s’est pas trop mal sorti de l’exercice, même s’il ne l’a pas franchement emporté non plus, ce qu’il aurait sans doute fait il y a quelques années.
Face à ses contradictions, il a pu faire l’anguille et asséner quelques éléments de sa vision avec une certaine cohérence. Cependant, son âge se voit et se fait sentir, même si son électorat y est peu sensible. Son principal handicap est d’avoir conservé une vision des remèdes digne des années 50-60 alors que la société a changé en profondeur.
Arnaud Montebourg et Patrick Devedjan ont été moyens, pas grand chose à dire. A. Montebourg s’est efforcé de mettre en avant le projet de S. Royal, de façon assez peu convaincante, et P. Devedjan a tenté de mettre F. Bayrou dans les cordes sans y parvenir. L’un et l’autre ont essayé de défendre leur poulain, mais cela manquait de fraîcheur.
Pour conclure, je pense que ce débat a été une occasion manquée pour François Bayrou de prendre un ascendant net, mais il a pu néanmoins confirmer sa droiture, ce qui n’est pas si mal. Le Pen n’aura pas perdu d’électeurs lors de ce débat non plus, je penche donc pour un match nul.
La force de Bayrou est dans son projet, nouveau, de société et de gouvernance, il faudra qu’il l’exprime de façon plus convaincante, quant à Le Pen, c’est justement son point faible qu’il s’efforcera toujours de cacher.
Cher Bernard, votre article est un point de vue personnel, une réaction à chaud.
Il faut, me semble t-il, se méfier à la fois de prendre une décision à chaud (c’est fait, adieu François), et d’imaginer les répercussions possibles d’un seul débat.
Sur ce second point tout d’abord, François Bayrou n’est pas le meilleur débatteur à la télévision. C’est un fait. Est-ce si crucial ?
Si oui, Mrs Besancenot et De Villier feraient des scores bien plus élevés que les leurs.
Si oui, Mme Royal se serait fait aplatir par Mrs Fabius et Strauss-Kahn lors des primaires du PS...
Si oui, Mr Sarkozy a déjà remporté l’élection de 2007...
Il faut ainsi se méfier de l’impression que peut nous donner un débat politique. Les gens ont parfois des réactions inattendues que ne perçoivent pas les commentateurs plus « avisés ».
Ensuite, et de façon plus importante, un citoyen prends t-il sa décision de vote sur un simple débat ?
Un débat peut influer, un peu, mais en général, c’est à la marge, sauf coup de théâtre.
Les mauvaises prestations de Mme Royal, lors des débats et même lors de meetings, ne lui ont pas été fatales, car les raisons profondes du vote des adhérents socialistes étaient ailleurs (côte de popularité, chances de victoire, désir de changement...), et mettaient la « performance » de Mme Royal au second plan.
François Bayrou mettra toujours, ce qui peut aussi bien être un atout qu’une faiblesse, son humanisme avant le reste. C’est sa personnalité. Il a donc eu tort d’attaquer le Pen sur l’idéologie, mais c’était viscéral, on ne se refait pas. De même qu’il était certainement sincère en étant ému par le témoignage de la première intervenante qui l’a rembarré, mais aussi le seul à s’intéresser au vécu des autres « gens du peuple ».
Curieusement, alors que l’on oppose souvent l’idée que les présidents « de droite » font passer la France avant tout, et ceux de gauche, les français d’abord, Bayrou est sans doute dans cette seconde catégorie. Encore une fois, c’est sa personnalité, qu’il ne changera pas.
La question est de savoir quels sont les critères de choix pour un candidat... Est-ce sa personnalité, son projet, sa vision ? ou sa performance en débat télévisé ?
Bayrou est médiocre dans ce type de débat, mais excellent en discours. Il est perçu comme droit et honnête, mais a encore besoin de progresser sur sa force de conviction. Il a démontré une volonté peu commune, et un courage politique certain, mais beaucoup hésitent sur sa capacité à affirmer ses idées dans une arène politique impitoyable. Il est convaincant sur son désir de moraliser la vie politique et de dépasser les clivage, mais encore floue sur son projet politique.
Quels seront, au bout du compte, les critères qui l’emporteront ? Difficile à dire, car cela dépendra des autres candidats ! Nul candidat n’est jamais parfait aux yeux de l’électeur, et rares sont ceux qui entraînent une adhésion aveugle. L’électeur triera donc parmi ceux qui lui sont proposés. Entre Royal, Bayrou, Sarkozy et Le Pen, qui sera choisi ? Je ne parierai pas... en tout cas, pas encore
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