@ L’AUTEUR
Je n’ai pas vu la pièce, la découvre par votre article et aussi l’inflexion donnée par Francis Huster au texte de Marcel Aymé pour focaliser sur les phénomènes de collaboration et d’antisémitisme..
Si le titre de la pièce est dans nombre de mémoires françaises, ce n’est sans doute pas par la grâce d’un texte de Marcel Aymé qui ne fut pas si lu que par un le film qu’en tira Claude Autant Lara et qui fit l’objet, outre son exploitation en salle, de diffusions régulières à la télévision française..
La mise en scène de Francis Huster ne peut ignorer ce film et s’est vraisemblablement construite en réponse à cette autre mise en scène et en référence au texte original..
Revenons alors sur le film : fruit du travail d’un cinéaste très marqué à droite (il fut le doyen un temps du Front National), qui s’adonna aux dérapages antisémites sur la fin de sa vie (une tirade célèbre sur la survie de Simone Weil à son séjour dans un camp d’extermination), il fut une attaque contre le « résistancialisme », part essentielle de la culture gaulliste de l’époque..
On y voyait donc des Français, occupés non à saboter des voies de chemins de fer comme en « La bataille du Rail », ni à se coiffer de feutres sombres et de manteaux de cuir pour embarquer des héros vers les caves de la rue Lauriston..
Les Français que l’on voit dans ce film sont occupés à se procurer à manger, au prix de toutes les veuleries, et à faire passer avant tout leurs aspirations individuelles et physiologiques avant l’adhésion à une cause collective dont l’époque fournissait pourtant un large choix..
En retour, nombre de collaborateurs « idéologiques » à l’Allemagne nazie apparaissaient comme des êtres fourvoyés certes dans une mauvaise voie.. mais plus honorables que ces sordides trafiqants du marché noir..
C’était bien là la fonction idéologique assignée au film par un auteur militant, que de sortir l’extrème droite française de sa « traversée du désert » entamée en 1944 et qui voyait sa fin grâce à deux phénomènes exploités pour un retour sur la scène politique : le mouvement poujadiste et la décolonisation de l’Algérie..
Une réplique resta célèbre, très célinienne, celle du :
« Salauds de pauvres »
Prononcée par un acteur (Jean Gabin) qui, avant guerre, fut l’incarnation de l’ouvrier du Front Populaire (La Belle Equipe) et celle d’un être balloté par le destin en des films pessimistes (Quai des Brumes, Le Jour se Lève) que le régime de Vichy jugea a posteriori « démoralisants » et responsables en partie de la défaite de juin 1940..
Cette réplique fut-elle tirée du texte de Marcel Aymé ou écrite par le scénariste du film ?
Quoi qu’il en soit, le choix du « One Man Show » choisi par Francis Huster fait écho à la performance de Fabrice Lucchini, déclamant seul l’intégrale du « Voyage au bout de la Nuit ».. de Louis Ferdinand Celine..
Serait-ce une tendance que de ne monter les textes d’auteurs « sulfureux » et de n’évoquer cette époque peu glorieuse de l’Histoire française qu’à l’aide de mise en scène visant à les abstraire le plus possible de leur contexte ?
gAZi bORAt