
MERCI pour cet article aussi excellent que courageux !
La
France aurait-elle perdu tout esprit critique ? L’Afghanistan n’est pas
sa première guerre hors de ses frontières. L’Algérie et l’Indochine
sont des expériences tragiques dont le pays semblait avoir tiré des
leçons. Mais la France, malgré tout, s’est engagée dans ce conflit.On peut se demander de quoi il faut s’étonner le plus : de la
passivité de l’opinion publique ou du silence de la classe politique
sur cette guerre. Un silence qui contraste avec les critiques de plus
en plus vives qu’elle suscite au Royaume-Uni et en Allemagne.Et
pourtant, s’il y a un pays qui devrait être critique sur cet
engagement, c’est bien la France. La France marquée par sa double et
tragique expérience de l’Indochine et de l’Algérie, la France dont la
figure emblématique du dernier siècle, Charles de Gaulle fonda
l’essentiel de son action politique sur le pari que les solidarités
nationales l’emportaient toujours en dernière instance. Un pari qu’il
n’a jamais perdu : l’occupant allemand a été vaincu, les peuples
colonisés se sont émancipés, l’Amérique a perdu au Vietnam, « la Russie
a bu le communisme comme le buvard boit l’encre ».Or,
comme si ces expériences n’avaient jamais eu lieu, comme si de Gaulle
n’avait jamais existé, une presse de plus en plus paresseuse évoque la
nécessité de protéger les populations d’Afghanistan des talibans, dont
au fond elle ne voudrait pas, l’espoir de consolider le régime du
président Karzaï, le juste combat des soldats de l’OTAN pour la
civilisation contre la barbarie etc. Tout
cela, comme s’il y avait lieu de douter un instant des sentiments de
cette population quand elle voit d’un côté des maquisards issus de ses
rangs, de son sang, de l’autre des étrangers dont elle ignore la langue
et exècre les mœurs, venus de pays lointains avec un état d’esprit
complètement différent, des moyens techniques démesurés et sans doute
la délicatesse d’un éléphant dans un magasin de porcelaine. Comme si on
pouvait espérer la moindre sympathie de villageois qui ont appris qu’à
quelque distance de chez eux, l’aviation américaine avait fait des
centaines de morts en bombardant par erreur une noce, comme si le
problème du président Karzaï se réduisait à sa corruption. Corrompu,
certes, il l’est ; mais quel gouvernement ne l’est pas sous ces
latitudes ? La question n’est pas là ; elle est la profonde
illégitimité d’un régime venu « dans les fourgons de l’étranger » comme
la monarchie restaurée de 1815, un vice irrémédiable pour une
population montagnarde, où le sentiment national – ou tribal qu’importe
– est à vif.
Moins encore qu’en Algérie où une communauté d’un million de Français
devait être défendue, au Vietnam, où les Américains avaient l’alibi
d’endiguer le communisme, cette guerre n’a la moindre légitimité, une
fois acquis que les grandes opérations terroristes ne se sont jamais
préparées là et que savoir si les femmes d’Afghanistan porteront ou non
la burqa ne nous regarde pas – nous qui ne sommes même pas capable de
décider si elle sera autorisée ou non sur notre sol !Combien
faudra t-il encore rapatrier de cercueils pour que notre opinion se
réveille de sa léthargie et que notre classe politique ose dire
l’absurdité d’un engagement militaire français dans les lointaines
montagnes de l’Hindou Koush ?