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Equinox 3 janvier 2010 13:32
Equinox

Bonjour Finael

merci pour ce témoignage mais vous abordez beaucoup d’éléments qui mériteraient chacun, de longs développements . Je voudrais revenir uniquement sur la télévision et son statut dans les années 1960. L’historienne Agnès Chauveau fait dans un article de la revue l’Histoire (2004) un portrait assez terrible des débuts d’une télévision en France entièrement sous la férule du pouvoir politique :

“le monopole fut renforcé, l’information bâillonnée. Le journal télévisé était fade ; l’opposition y était proscrite, l’image de la France étroitement filtrée et les conflits sociaux restaient étouffés. La censure était chronique. A partir de 1963, le rôle central réservé au Service des liaisons interministérielles pour l’information (SLII) traduisait ce contrôle et le cliché du ministre de l’Information dictant ses ordres au directeur de la RTF n’était pas seulement caricatural.” 

On nommait également des « professionnels de confiance » à des postes clés (direction de l’information, service politique). Si la « La boîte à sel », une émission satirique (1955) jugée assez vite trop subversive, ou plus mystérieusement « La caméra explore le temps », (1957) subirent la censure du pouvoir en place et durent plier bagage, pour autant des signes positifs annoncèrent une sorte de desserrement. Vous avez donc - en partie seulement ! - raison de faire l’éloge de la télévision de l’époque car les statuts ont évolué et la mainmise de l’Etat également : la télévision obtint un statut lui garantissant une certaine autonomie. La loi Peyrefitte de 1964 transformait la RTF en ORTF (Office de la radio-télévision française), remplaçait l’autorité du ministre de l’Information, créait un conseil d’administration, etc. En 1968, l’ORTF dut évoluer plus encore car les jeunes manifestants fustigèrent cette mainmise de l’Etat sur l’information télévisée. Le SLII fut supprimé, et, à partir de 1969, Jacques Chaban-Delmas (alors Premier ministre), fit de sa libéralisation un des ressorts de la “Nouvelle Société” ; il créa deux unités d’information autonomes dont l’une fut dirigée par Pierre Desgraupes (1re chaîne) et l’autre par Jacqueline Baudrier (2e chaîne). Depuis la fin des années 1950, le même Pierre Desgraupes dont vous parlez , présentait en effet une émission mensuelle remarquable, qui d’emblée sut s’imposer par sa nouveauté, sa qualité, et sa liberté de ton : “5 colonnes à la Une”. 

On voit donc que la télévision d’Etat sut évoluer mais surtout dans le sillage de mai 68. J’ajoute que l’Etat continuait de garder la haute main sur les programmes et de poser son véto sur la diffusion de certains documentaires comme « Le chagrin et la Pitié », qu’un très large public n’a pu voir qu’au début des années 1980 soit 10 ans après sa sortie dans une seule salle parisienne !!

Il faut lire les ouvrages de Jean-François Revel pour comprendre comment de façon très subtile la censure s’organisait à l’époque. La thèse d’Equinox est de s’interroger sur les raisons de cette censure. C’est je crois et en toute modestie, l’apport principal de ce texte : s’agissant de Pompidou, les historiens connaissent ses raisons (il ne fallait pas diviser le pays surtout après mai 68) par contre ce que je mets en valeur, ce sont les raisons très personnelles de Valery Giscard d’Estaing pourtant réputé pour être un homme très libéral. Enfin je souhaitaits relancer le débat sur l’analyse du film, trouvant assez caricaturale la vision de Marc Ferro qui d’habitude fait preuve de plus de lucidié...



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