La dette publique : le pillage organisé des richesses collectives au profit de la finance
La dette publique, un fonctionnement « normal » de l’Etat capitaliste
Le total de la dette de l’Etat -1 100 milliards d’euros- atteint 66 % du Produit intérieur brut. Cela sans compter les retraites des fonctionnaires qui lui font dépasser les 2 000 milliards d’euros, soit 120 % du PIB. Elle concerne tous les niveaux de l’Etat, de la nation aux collectivités locales, en passant par les services hospitaliers publics. La France n’est pas le seul pays industrialisé à crouler sous les dettes et cette maladie n’est pas réservée aux pays pauvres qui sont soumis, à travers elle, au pillage de leurs richesses. La dette moyenne de la zone euro s’élève à 70,4 % du PIB, en Italie à plus de 100 %. Le Japon doit 6 500 milliards d’euros, les Etats-Unis 6 800 milliards d’euros. Personne, parmi les économistes et les hommes d’Etat, de droite comme de gauche, ne cherche d’ailleurs à annuler cette dette. Et lorsque Villepin parle de revenir en cinq ans à « l’équilibre budgétaire », ça n’est pas pour annuler la dette, mais pour la ramener à 60 % du PIB, le maximum défini par les critères de Maastricht. Et surtout, c’est une façon de justifier des mesures pour « rentabiliser » l’Etat. Cette dette a un coût, qui grève sévèrement les finances publiques, au point que la plus importante ligne budgétaire du budget de l’Etat, après l’Education nationale, est celle du « service de la dette », les intérêts que doit verser l’Etat à ses divers créanciers. Depuis les années 1980, où le total de la dette publique s’élevait à 20 % du PIB, elle n’a cessé d’augmenter. La charge de la dette est passée de 4 % du budget de l’Etat en 1980 à 15 % en 2005. Avec une rapidité plus ou moins grande, selon les périodes, ce qui permet d’alimenter une fausse polémique entre PS et gouvernement sur la responsabilité des uns et des autres dans cette aggravation de l’endettement public. Mais, au-delà de cette polémique, il est clair qu’un des facteurs essentiels de cet accroissement est la politique, présentée comme « soutien à l’emploi », menée par tous les gouvernements depuis le début des années 1980. Durant cette période, des sommes astronomiques ont été versées aux entreprises sous forme de subventions. Ce sont aussi des milliards d’euros d’exonérations de charges de toute sorte, dont ont bénéficié les patrons. Milliards d’euros qui manquent dans les budgets des caisses de retraites, de chômage, de sécurité sociale, et que l’Etat compense en partie. Comme il compense en partie les baisses de taxe professionnelle versées par les entreprises aux communes. Ce mécanisme présente un double phénomène : d’une part les entreprises paient de moins et moins d’impôts et de salaire socialisé sous forme de charges sociales ; d’autre part, les compensations versées par l’Etat aux caisses ou aux collectivités locales viennent en prélèvement sur les finances publiques, qui sont amputées d’autant. Les ressources de l’Etat sont essentiellement constituées par le prélèvement par l’impôt sur les revenus de la population travailleuse. Car les impôts indirects comme la TVA ou la TIPP (taxe sur les carburants), qui touchent indistinctement tous les consommateurs, constituent 55 % des ressources financières de l’Etat, tandis que l’impôt sur le revenu, qui favorise les catégories les plus riches et qui vient de bénéficier de réductions successives, n’en constitue que 20 %, celui sur les sociétés, 14,6 %. Ce sont donc les revenus des salariés, du public comme du privé, des petits artisans et commerçants, de la population laborieuse en général, qui alimentent les caisses de l’Etat, et qui sont ensuite distribuées aux entreprises et aux groupes financiers sous forme de subventions et d’exonérations.
Les intérêts de la dette, une rente pour les classes privilégiées
La dette publique offre à l’Etat un excellent moyen d’assurer aux financiers et privilégiés une manne régulière de plusieurs milliards d’euros par ans, par le biais de l’intérêt de la dette. Les taux de l’ordre de 3,5 % sont plus faibles que les taux de profit que peuvent procurer certains investissements industriels ; mais les bons du Trésor et autres obligations d’Etat ont le gros avantage d’être sûrs et réguliers. 98 % des titres relatifs à la dette de l’Etat français sont négociables en Bourse, et alimentent le casino de la finance. 51 % de la dette serait détenue par des institutions « non résidentes », banques, assurance, fonds de pension ne résidant pas en France, les 49 % « résidents » se partageant entre assurances (31 %), organismes de placement (SICAV,.. 10 %), banques (7 %)... Le pillage des richesses sociales produites par le travail par le biais de la dette publique n’est pas un mécanisme spécialement mis au point par les pays impérialistes, avec l’aide du FMI et de la Banque mondiale, pour continuer le pillage des pays pauvres. Il fait partie intégrante du système capitaliste, dans tous les pays, et assure un flux continu d’argent de la poche du contribuable vers celle des gros actionnaires des grandes entreprises et des groupes financiers. La composition de la commission constituée par T. Breton autour de Pébereau, pour établir un rapport sur la dette, mérite, à ce titre, un petit coup d’œil. Aux côtés de Pébereau, président de BNP-Paribas, on trouve, parmi d’autres : Michel Camdessus, ancien directeur du FMI ; Jean Michel Charpin, directeur de l’Insee, auteur, en 1999, d’un rapport de sinistre mémoire, intitulé « L’avenir de nos retraites », à la demande du premier ministre Jospin ; Pascal Lamy, patron de l’OMC ; Edouard Michelin, PDG ; Nicole Notat... Cela suffit à juger, et de « l’objectivité » de la commission, et des véritables préoccupations du gouvernement dans sa campagne pour retrouver « l’équilibre financier » : justifier une nouvelle étape dans les attaques contre les salariés des services publics et tenter de désarmer préventivement leur résistance en organisant un nouveau « diagnostic partagé ».
L’annulation de la dette publique passe par le contrôle sur les entreprises et la finance
Les partis gouvernementaux de gauche comme de droite, les organisations syndicales, tous se joignent au concert de lamentations organisé autour du niveau de la dette. Chacun y va de sa solution, par quel biais on pourrait désendetter l’Etat, en particulier par quelle fiscalité... Mais tous se placent sur le terrain du gouvernement, préparé par le rapport Pébereau. Et sur ce terrain, il n’y a pas de solution au désendettement de l’Etat. D’ailleurs, la gauche plurielle au gouvernement a largement prouvé qu’elle n’avait pas d’autre politique à proposer. Non par manque de conviction « antilibérale », mais parce qu’il n’y a qu’une politique possible dans le cadre du système capitaliste : organiser la diminution de la part des salaires dans les richesses produites par le travail social, et transférer la différence dans la poche de la bourgeoisie. La solution commence avec le refus des travailleurs de l’Etat, des collectivités locales, des hôpitaux, de tous les services publics d’accepter les « remèdes » que gouvernement et confédérations syndicales préparent avec le « diagnostic partagé » sur la dette. Elle est dans un « tous ensemble » pour faire reculer le gouvernement sur ses projets, comme ont réussi à le faire, par leur action collective, les dizaines de milliers de dockers européens venus à Bruxelles manifester au moment du vote au Parlement de la directive sur la libéralisation des services publics portuaires. C’est en mettant en œuvre par leurs luttes un plan d’urgence sociale et démocratique que les salariés et la population peuvent imposer leur contrôle sur les comptes de l’Etat et des grandes entreprises, exproprier les groupes financiers qui font leur profit de la dette, les nationaliser et les unifier dans un seul organisme de crédit, une banque à travers laquelle l’Etat, sous le contrôle de la population, pourrait orienter l’argent public vers des activités créatrices de biens utiles à tous.
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