Je suis tout à fait septique devant l’interprétation des chiffres que vous donnez. Sachez tout d’abord que je suis ingénieur chez edf, et donc très subjectif, mais je vais rationaliser ma pensée au mieux.
La transparence du nucléaire
Paradoxalement, le nucléaire est un des secteurs énergétiques les plus transparents en France. La loi TSN, de 2006 donc très jeune, oblige EDF a déclarer toutes les modifications réalisées dans les CNPE à l’ASN. Ces notes sont disponibles au public dans sur demande.
Les CNPE sont également soumis à des RGE (règles générales d’exploitation) dont font partie les STE (spécifications techniques d’exploitation). Ces spécifications encadrent précisément les paramètres de fonctionnement à respecter (jusqu’aux températures des locaux électriques pour garantir la disponibilité des tableaux électriques, pour donner un exemple). Chaque expérience en dehors de ces spécifications doit être déclarée à l’ASN, et fait l’objet d’une publication de cette dernière accessible au public.
Tout est donc contrôlé par l’ASN et accessible au public, en dehors des informations liées à l’exploitation normales des centrales. Demandez à Total les travaux faites sur leurs sites de production au Zimbabwe, pas sûr que vous en sachiez autant... (là je m’égare).
La sûreté du nucléaire
Un paradoxe une nouvelle fois, le nucléaire a incontestablement profité des accidents de Tchernobyl et TMI. Tchernobyl car cet accident a validé le choix des réacteurs REP et des 3 barrières de confinement ; TMI car on sait désormais que la fusion du cœur, qui peut (les probabilités sont là pour nous le rappeler) arriver, a des conséquences radiologiques qui sont strictement contenues dans l’enceinte de confinement (le strictement est à prendre aux traces près, mais je parle bien de traces).
Et pour en revenir à votre argumentaire, et l’accumulation des accidents dans les centrales, je serais tenter de répondre que c’est être bien ignorant de croire qu’il y a plus de problèmes aujourd’hui parce-qu’on en parle plus. Pour rappel la loi TSN ne date que de 2006. Ce constat serait vrai à « profondeur d’information » constante. Ce n’est pas le cas. Je ne m’attarderais pas non plus sur les 18 réacteurs à l’arrêt en décembre, dont vous ne parlez pas, qui sont un problème de calendrier et pas de qualité. Sur les 18, seuls 3 étaient arrêtés pour maintenance non programmée, suite à des sorties de critères STE (les basses températures n’aident pas la mécanique...).
Enfin, vous citez un sondage disant que les français considèrent l’énergie nucléaire comme une énergie à risque. C’est vrai ! Le nucléaire a tué, plusieurs milliers de personnes. Mais que vous le vouliez ou non, l’énergie, quelle qu’elle soit, est sale ! Le pétrole, le gaz, l’éolien, le solaire, tout est sale ! Parcequ’il faut construire, maintenir, et démanteler. Que va t-on faire de ces éoliennes dans 30 ans ? Je ne sais pas, je ne suis pas contre mais je ne sais pas. Le nucléaire a cet avantage, il est très condensé. 1,7GW sur 1km2 (ordre de grandeur) c’est imbattable. Que vous le vouliez, ou non.
Le coût
Le parc en exploitation est le moins onéreux du monde. Ce qui permet à edf de racheter à tour de bras. Est-ce un crime ?
Pour en venir aux epr, ils sont chers. Trop chers. Je suis d’accord avec vous, en France ça n’a aucun intérêt. Mais ils ont un gros avantage. Créer la compétence française, pour la vendre à l’étranger. C’est la seule (notre parc est déjà sur-dimensionné par rapport aux besoins énergétiques de base), mais cet investissement, payé par edf (pas par l’état, même si c’est le premier actionnaire il ne faut pas mélanger), c’est un pari énorme qui peut rapporter gros. Et qui en cas d’échec total (0 vente) coûtera 10Md d’euros. C’est beaucoup, mais à l’échelle d’edf c’est peu. Les 20 epr en projet rentabilisent déjà l’investissement (s’ils se concrétisent, bien sûr)
L’homogénéité du parc
Pour finir, venons en au patchwork énergétique français. Il est déséquilibré. Mais il s’améliore.
Edf travaille via EN pour développer le photovoltaïque et l’éolien, comme les concurrents. Ce n’est pas suffisant, mais comment mettre en cause le lobby du nucléaire ? Edf rachète très cher cette énergie. Pour la revendre moins cher ! C’est unique au monde, enfin je crois... Maintenant l’accroissement des énergie vertes ne peut se faire sans le nucléaire. Pour avoir travaillé sur le projet McArthur wind farm en Australie (350MW), le vert prend trop de place et est trop compliqué à faire accepter en grandes quantités ! Le nucléaire la seule énergie de masse verte. (d’ailleurs votre remarque sur l’ensoleillement me questionne car seule la lumière du jour compte, pas le soleil).
Pour finir
Remarque trop peu faite, mais que l’on se fait de l’intérieur.
Le nucléaire est une industrie comme une autre. Dirigée par la finance, pas plus propre, pas plus sale. Pas plus sous-traitée, pas plus opaque. Simplement plus exposée, syndrome Tchernobyl ?
Il est tout de même dommage que la France, les français ne soutiennent pas ce secteur qui est un fleuron de notre pays.
Je soutiens vos questionnement.
Je soutiens votre besoin d’informations.
Je soutiens votre envie de diversifier l’énergie française.
Mais je ne peux soutenir votre morale que je cite :
« Le mensonge nucléaire tente de passer encore pour une vérité, mais la mayonnaise ne prend plus. »
Le nucléaire a fait des tarifs électriques français parmi les moins chers du monde. C’est une réalité, pas plus dangereuse qu’une autre, pas plus meurtrière, pas plus couteuse, pas plus mensongère.
Le nucléaire est une vérité, 31 pays pour 442 réacteurs (2006), c’est une vérité. Personne n’attend de merci, ni d’applaudissements. Juste un peu de sympathie pour ces employés du nucléaire qui travaillent dur pour que vous puissiez recharger votre ordinateur portable et diffuser vos idées.
Salutations,
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