En Turquie, Medine, 16 ans, a été enterrée vivante
pour avoir fréquenté des garçons
LE MONDE | 15.02.10 |
Istanbul Correspondance
Une nouvelle affaire de crime
« commis au nom de l’honneur » plonge la Turquie dans un profond
malaise. Une jeune fille de 16 ans a été enterrée vivante dans le
jardin de sa maison, assassinée par sa propre famille, dans l’est de la
Turquie. Son corps a été retrouvé en position assise, les mains
attachées dans le dos, au fond d’un trou creusé sous le poulailler, près
de la ville d’Adiyaman, dans une région à majorité kurde.
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L’autopsie a révélé la présence de terre dans
les poumons de la victime, attestant qu’elle avait été ensevelie
vivante. Arrêtés, le père et le grand-père de la jeune Medine encourent
la prison à vie. Ils sont soupçonnés d’avoir exécuté l’adolescente parce
qu’elle fréquentait des garçons.
Ce fait divers macabre rappelle la persistance des crimes d’honneur
dans les régions montagneuses de l’Est turc, majoritairement kurdes,
mais aussi dans les grandes villes comme Istanbul. Pour avoir enfreint
le code d’honneur tribal, ou avoir refusé un mariage arrangé, des jeunes
filles sont régulièrement tuées ou poussées au suicide par leur
famille.
En décembre 2009, à Diyarbakir, des jumelles de 24 ans ont sauté du
balcon d’un appartement. L’une des deux soeurs devait être mariée contre
son gré à un cousin jaloux et la famille avait dû annuler le mariage.
Dans un village de la région, une enfant de 12 ans se serait « suicidée »
au kalachnikov. L’instituteur avait découvert des mots doux dans sa
trousse et en avait informé ses parents...
La persistance de tels actes préoccupe la Turquie. Une commission
d’enquête du Parlement avait évalué, en 2006, à 1 091 le nombre de
crimes d’honneur commis entre 2001 et 2006 dans le pays. Mais le chiffre
réel est très difficile à connaître, de nombreux cas étant maquillés en
suicides. Dans les campagnes et les provinces de l’Est, il est "plutôt
en diminution", estime Yahya Kamçi, un instituteur de Diyarbakir
qui organise des médiations pour tenter de prévenir les crimes d’honneur
et les actes de vendetta.
Il faut dire que la justice se montre moins clémente que par le passé
envers les auteurs de tels crimes, qui risquent la prison à vie depuis
la réforme du code pénal de 2006. "Pendant des années, la loi a
donné des occasions en or aux criminels", estime la journaliste
Ayse Önal, auteur d’un ouvrage sur la question.
L’atteinte à l’honneur est encore parfois considérée, par certains
juges, comme une circonstance atténuante. En janvier, un père qui avait
tué sa fille a ainsi vu sa peine ramenée, en appel, à vingt ans de
prison. L’Etat se montre souvent incapable de protéger les victimes : la
jeune Medine, qui n’allait plus à l’école, avait alerté la police à
trois reprises, signalant que son grand-père la battait.