Pourquoi insistez-vous
sur l’importance du rôle du public
dans cette expérience ?
François Jost. Lors
du passage du premier candidat de la journée, le public n’était pas au
courant que le jeu était truqué, alors qu’ensuite, il le savait… Or,
dans le film, rien ne permet de faire la différence entre ce public
« complice » ou non. On voit simplement des gens qui crient
« châtiments, châtiments ! », sans savoir s’ils jouent leurs rôles ou
s’ils sont vraiment « portés » par le jeu. C’est extrêmement gênant
pour juger de la validité de l’expérience : le public est-il sadique
ou joue-t-il à l’être ? Car, dans ses interprétations, Nick fait un
amalgame, un saut considérable de l’individu à la foule : il conclut
sans arrêt sur le phénomène d’obéissance d’un groupe, alors qu’il
s’agit d’individus isolés placés sous la pression d’une foule. Et ça
n’est pas la même chose d’avoir une foule qui vous pousse à agir ou
d’être face à un scientifique dans un laboratoire, comme dans
l’expérience de Milgram.