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pigripi 3 juin 2010 12:00
pigripi

@Sisyphe

Le crime profite aux fous du grand israël ; et à eux seuls.

Rien de moins évident, lisez ceci :
Aucune explication ne peut justifier ni blanchir ce crime. Aucun prétexte ne
peut servir à excuser ou à expliquer la stupidité des actes du gouvernement
et de l¹armée. Israël n¹a pas envoyé ses soldats pour tuer des civils de
sang-froid. De fait, c¹était même la dernière chose qu¹il voulait. Et
pourtant. Une petite organisation turque, fanatique du point de vue
religieux et radicalement hostile à Israël, a recruté pour sa cause
plusieurs centaines de chercheurs de paix et de justice, et a fait en sorte
de prendre Israël au piège, précisément parce qu¹elle savait comment Israël
réagirait, comment Israël était programmé pour réagir comme il l¹a fait.

Combien un pays doit ressentir d¹insécurité, de confusion et de panique pour
agir comme l¹a fait Israël ! En combinant force militaire excessive et
manque fatal d¹anticipation de l¹intensité des réactions de ceux qui se
trouvaient à bord, il a tué et blessé des civils et l¹a fait (comme une
bande de pirates) en-dehors des eaux territoriales israéliennes.

Il est clair que ce jugement n¹implique aucun accord avec les motivations,
ouvertes ou cachées, et souvent malveillantes, de certains participants à la
flottille de Gaza. Car tous ne sont pas des humanitaires épris de paix, et
les déclarations de certains d¹entre eux sur la destruction d¹Israël sont
criminelles. Mais cela ne compte pas, tout simplement, car autant que nous
le sachions, ces opinions ne méritent pas la peine de mort.

Les actes d¹Israël d¹hier ne sont que dans la continuité du blocus honteux
de Gaza, blocus qui n¹est que la perpétuation de l¹approche condescendante
et oppressive du gouvernement israélien, prêt à pourrir la vie d¹un million
et demi d¹innocents dans la bande de Gaza pour obtenir la libération de
notre soldat captif. Car, tout précieux et aimé que soit Gilad Shalit, ce
siège n¹est que la conséquence naturelle d¹une politique idiote et
fossilisée, qui recourt encore et encore à l¹usage massif et exagéré de la
force, à chaque instant décisif, quand sagesse, bon sens et pensée créative
sont si nécessaires.

D¹une certaine manière, toutes ces calamités (y compris les événements
sanglants d¹hier) semblent faire partie d¹un processus corruptif plus large
qui affecte Israël. Comme si un système politique souillé et boursouflé,
affreusement conscient du gâchis produit depuis des années par ses propres
actes et dysfonctionnements, et désespérant de la possibilité de démêler
l¹infini fouillis qu¹il a lui-même créé, devenait encore plus inflexible
devant des défis complexes et pressants, et perdait en chemin les qualités
qui, naguère, caractérisaient encore Israël et ses dirigeants : fraîcheur,
originalité et créativité.

Le siège de Gaza a échoué. Cela fait quatre ans qu¹il a échoué. Ce que cela
signifie, c¹est qu¹il n¹est pas seulement immoral, mais encore impraticable
et qu¹il empire la situation tout entière, ce qui nous encore été rappelé à
cette heure même, et qu¹il nuit aux intérêts vitaux d¹Israël. Les crimes des
dirigeants du Hamas, qui ont retenu Gilad Shalit en captivité pendant quatre
ans sans permettre une seule fois à la Croix-Rouge de lui rendre visite, et
qui ont tiré des milliers de roquettes sur des villages et des villes
d¹Israël depuis la bande de Gaza, sont des actes dont il faut s¹occuper avec
fermeté, en usant des moyens légaux dont dispose un Etat souverain. Le siège
d¹une population civile n¹en fait pas partie.

J¹aimerais croire que le choc créé par les actes fous d¹hier mènera à une
réévaluation de toute l¹idée du siège et délivrera enfin les Palestiniens de
leurs souffrances tout en nettoyant Israël de sa tache morale. Mais
l¹expérience, dans cette région riche de tragédies, nous enseigne que c¹est
le contraire qui se produira : les mécanismes de réaction par la violence,
les cercles vicieux de vengeance et de haine. Hier, un nouveau round a
commencé, dont on ne peut pas encore prédire l¹ampleur.

Mais par-dessus tout, la folle opération d¹hier montre combien Israël a
décliné. Il n¹est pas besoin d¹en dire davantage. Quiconque a des yeux pour
voir le comprend et le ressent. Déjà, il y en a chez nous pour chercher à
communiquer sur le sentiment naturel et justifié de culpabilité en Israël,
en affirmant avec stridence que le monde entier est coupable. Mais il nous
sera plus difficile de vivre avec la honte.

David Grossman est écrivain.



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