Venant d’un auteur généralement fin psychologue de la société, cet article est surprenant.
Ce que l’auteur reproche en réalité à François Bayrou, c’est de ne pas faire du Mélanchon, du Royal, du Sarkozy même, que pourtant il accuse de tous les maux, c’est à dire de faire appel à la raison plutôt qu’à l’émotion des citoyens.
Chacun sait qu’il est effectivement infiniment plus facile et plus payant de faire appel à l’émotion : un fait divers de violence, et hop un bon disours sécuritaire et une belle loi dans l’urgence ; une réforme sur les retraites, et hop on annonce que bien sûr on reviendra à la retraite à 60 et qu’on taxera les riches. Mais qu’un politique, qu’il s’appelle Raymond Barre ou François Bayrou, porte un message de nécessaire rigueur sur les dépenses publiques, de la modération des propos plutôt que de l’anathème, et le voilà ennuyeux...
Bayrou a ses défauts. Je n’ai pas été le dernier à les souligner. Son ego, comme bien des politiques, est à la mesure de ces ambitions, c’est un mauvais chef de parti, sans doute un médiocre manager. Mais il a pour lui une vision, que l’on partage ou non, une certaine éthique politique, une capacité intacte d’indignation vis-à-vis de l’injustice, et des propositions raisonnables. Raisonnables, voilà sans doute le mot qui choque. Avec Bayrou, nous ne serions pas en pleine crise diplomatique avec l’Europe, montrés du doigts, déconsidérés. Nous ne remmettrions pas en question l’indépendance de la justice tous les jours, les journalistes pourraient faire leur travail tranquillement, on n’aurait pas versé 250 millions d’euros à Benard Tapie, ni privatisé les autoroutes au profit de quelques sociétés amies, ni eu la soirée du Fouquet’s. On n’aurait pas fait les 35 heures qui plombent le déficit de l’Etat et ne bénéficient pas aux plus pauvres, ni promis de résoudre les problèmes de la France en taxant les riches, ni promis 500.000 emplois « verts » pour résoudre ls problèmes d’emploi.
Alors oui, peut-être, Bayrou est plus ennuyeux que d’autres. Démodé, comme si l’important pour un politique était d’être « à la mode »... Pour les média, pour les spectateurs. Mais nous aurions gardé une influence internationale, des enseignants motivés, des PME dynamiques, l’espoir que nos enfants aient une vie meilleure que la notre, un peu de fierté aussi. Rien que des idées démodées sans doute.