Attention Geneste, ici je parle de la dimension répressive, du rôle de flic.
Oui, une fois que l’ouvrier a été formé, il faut le laisser disons s’organiser. ne pas lui dire ce qu’il doit faire toutes les minutes. Ca c’est pour l’action fantasmée, idéale, relative au travail.
Mais dans une entreprise, il y a, comme à la maison, des lâchetés de la part de chacun, des paresses, des mensonges, des vols. Et là il faut réprimer, sanctionner, licencier. C’est la partie horrible de l’activité d’entreprise. Et cette horreur, cette besogne de flic, de bourreau, je ne trouve pas normal qu’elle soit déléguée à un intermédiaire. La dureté des décisions de répression devrait être prise par le patron et par lui seul. A lui de se démerder avec sa conscience. Et il n’est pas bon qu’il se sente appuyé ou de bon droit quand il saque.
Car l’effet Milgram, il ne l’a pas remarqué, vaut également dans l’autre sens, de bas en haut. Quand un colonel ordonne qu’un gus soit fusillé, le fait qu’en dessous de lui des dizaines de personnes exécutent son ordre sans broncher, lui donne nettement l’impression qu’il a parfaitement raison d’être sévère. Et la fois prochaine il le sera un cran de plus. C’est de cette manière que le nazisme est devenu de plus en plus dur.
Dans cet esprit, quand un jour j’ai dû faire piquer ma chienne qui était paralysée du train arrière, j’ai demandé au véto de me laisser vider la seringue. C’était douloureux et paniquant pour ma pauvre chienne. J’ai mis mon visage contre sa gueule pour qu’elle puisse me mordre si elle le voulait et j’ai pleuré en injectant le poison. J’ai souvent regretté d’avoir été si jusqu’auboutiste (le véto était stupéfait de ma demande, lui qui a l’habitude de voir les gens lui déléguer la charge de ma mise à mort) car ça m’a troumatisé. Mais je n’ai plus jamais adopté de chien.
Je ne conseillerais à personne d’en faire autant mais voilà, pour moi, c’est fait. Je suis allé au bout de cette vision selon laquelle on ne doit pas déléguer les gestes de punition, de torture ou de mise à mort. On ne doit pas se retrouver au bal pendant qu’on a des subalternes qui torturent un gus dans une cave. On ne doit pas déléguer notre dureté, elle doit nous exploser à la figure. C’est le seul moyen de se convaincre de renoncer à l’usage de la force, de la violence.
On ne doit pas user de cosmétiques ou de médocs sans voir de très près ce que subissent les animaux qui servent de cobaye.
Ce que je dis là n’a pas vocation à renverser le monde. Je ne compte pas le refaire. Mais je crois salutaire que de temps à autre, cette vision soit remise sur la table et que chacun y réfléchisse un peu. On a maintenant des chaînes de commandement (méchants, cruels) qui comportent autant d’étages de les gratte-ciel. De tout en haut on ne sent pas l’odeur du sang qu’on fait couler. Les guerres ne sont toujours pas exclues.
Si j’avais eu un salarié suicidé dans mon entreprise, j’aurais été renversé, traumatisé. Le patron de FT, de tout là-haut ? Il ne ressent rien en pareil cas. Il lui faudrait 30 suicides pour qu’il envisage de renoncer à un WE de chasse en Sologne.
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