Bon bon, alors continuons sur la flûte.
Certes, il y a les os qui sont souvent des tubes. Mais il y a aussi le bambou (il existe des variétés pleines mais la plupart sont creuses). Une fois les cloisons de séparation situées au niveau des noeuds cassées, on se retrouve avec un tube léger et solide.
Au Vietnam, où il y a beaucoup de bambous, il y a plus de 50 ethnies (un record),. dont la plupart sont montagnardes et méconnues (Hmongs et consors..) Et bien la flûte est leur truc. On en ferait la collection, je crois qu’on atteindrait facilement les 300 modèles différents.
[Et il y a des flûtes doubles, deux flûtes utilisées simultanément, depuis les Grecs anciens (Cf Hypahie-Agora), depuis les Océaniens aussi anciens. Flûtes doubles dans lesquelles on souffle avec la bouche, mais pas toujours. Bin voui, ya pas qu’avec la bouche qu’on peut souffler dans une flûte, les amis. La cornemuse étant une déclinaison particulièrement aboutie du principe multi flûtes]
Nos amis Japs, ils en ont des flûtes de toutes sortes. Ils affectionnent en particulier le shakuhachi. Vous savez, c’est cet instrument qu’on entend dans les films d’Akira Kurosawa, ambiance dépouillée, son de flûte qui arrache le coeur...
Vous savez la méticulosité extrême des Japs. Et bien les shakuachi devaient être fabriqués avec une précision diabolique. Par exemple, le diamètre des trous était contrôlé et rectifié par adjonction de couches de laque. Cette laque rendait certes les trous plus inusables mais ils étaient ainsi façonnés au micron près.
Dans les pièces traditionnelles japonaises, il y a fatalement des morceaux de shakuachi. Certains particulièrement difficiles rendaient leurs exécuteurs célèbres.
Et une secte, vous savez, de ceux qui ont un chapeau tressé qui retombe sur le cou en étant alors un peu plus ajouré au niveau des yeux, (Cf « Les poignards volants »). Secte dont les membres se faisaient la réputation de jouer parfaitement le shakuachi, la secte fuke. Ses membres avaient le privilège shogunal de jouer de cet instrument et pouvaient arpenter le pays avec le visage quasiment dissimulé. Du coup, espionnite aigüe faisant, on prit l’habitude de tester tout moine promeneur ainsi masqué en lui demandant d’éxécuter une oeuvre très difficile au shakuachi. S’il échouait, il était considéré comme faux Fuke donc vrai espion et exécuté.
Faisons-nous une réflexion. Quand un type invente un instrument ab nihilo ou par adaptation-modification, il en est jaloux. Naturellement jaloux. De tous temps, les facteurs-utilisateurs d’instruments de musique, tenaient très probablement à préserver leur secret. La rareté des instruments retrouvés dans les sites archéologiques pourrait découler de cette jalousie fondamentale.
La jalousie des prométhées les secrets de fabrication, les savoir-faire, dans tous les domaines (musique, outils, sidérurgie, poterie...), auront certainement contribué à la rareté des pièces retrouvées intactes (les beaux objets qu’on retrouve intacts étant justement ceux placés dans des tombes, là où personne n’est censé aller fouiller).
Le secret était probablement si conceptualisé, si bien compris, si bien protégé, qu’il devenait une valeur en tant que tel. Certes, un secret aura toujours permis de se faire du fric, mais autrefois on ne se faisait pas des montagnes de fric à la Sony ou à la Microsoft et le secret pouvait n’avoir qu’une valeur métaphysique. On pouvait y trouver une raison de vivre ou de mourir.
Ou la la , je déborde du sujet !
Je finis donc.
Et bien ce serait Jules Ferry, qui (dans le prolongement des scientifiques), en vulgarisant le savoir, la connaissance, en forçant tous les Français à parler et à écrire français, en faisant disparaître les patois nationaux mais aussi des colonies, aura démoli la composante la plus métaphysique donc la moins matérialiste du Secret.
Et Julian Assange n’aura rien arrangé à cette tendance.
Les dieux apprécient la musique et détestent la transparence.