Bonjour.
Votre article est riche et intéressant, mais je ne le trouve qu’à moitié convaincant. Je suis d’accord sur un point essentiel : le capitalisme est spontanément en opposition, non seulement à toute morale altruiste, mais aussi à une morale « susceptible de promouvoir l’entraide et la coopération pacifique ».
Voyons maintenant nos points de désaccord.
1. Je ne suis pas sûr qu’il faille mettre à part les morales altruistes. En réalité, aucune morale n’est purement altruiste. Tout homme cherche à réaliser ses désirs. Ces derniers peuvent être égoïstes ou altruistes, mais ce sont toujours les désirs d’une personne. Ainsi, en étant altruiste, on réalise aussi son propre but. D’ailleurs, que dit Kant ? Traite toute personne - que ce soit toi ou un autre - comme une fin en soi, et pas comme un simple moyen. Pour Kant, le respect doit aller à tout autre humain, y compris à soi-même.
Il en va de même pour le christianisme. Si le commandement suprême est « Aime ton prochain comme toi-même », alors il s’ensuit logiquement qu’on ne peut bien aimer les autres si on ne s’aime pas soi-même. Enfin, la morale communiste n’implique aucunement l’immolation des individus à la communauté. Pour Marx, la société communiste sera une libre association d’individus, non un kholkoze stalinien.
2. Puisque les morales « altruistes » tiennent aussi compte de l’intérêt personnel, il n’est pas sûr qu’elles soient aussi irréalisables que vous le dites. Si le christianisme et le communisme ont échoué à créer une société vraiment morale, c’est parce qu’une minorité a utilisé ces deux doctrines à des fins idéologiques, pour asservir les masses en leur faisant croire que leur devoir était de se sacrifier à une idole (Dieu, l’Eglise, Staline, le Parti, etc.).
3. Je relève une contradiction (au moins apparente) dans vos propos. Vous dites que le capitalisme suppose une « concurrence libre et non faussée » puis, un peu plus bas, vous concédez que la concurrence est en fait plus ou moins libre, car chaque entreprise a pour but « de détenir le monopole ou la position hégémonique ou au moins dominante sur le marché ».
4. Vous appelez à un encadrement démocratique du capitalisme. L’intention est louable, mais elle me paraît peu réaliste. Pourquoi les capitalistes ont-ils consenti dans l’histoire à modérer leur avarice ? Pourquoi y a-t-il eu d’importants progrès sociaux aux 19ème et 20ème siècles ? Parce qu’il fallait couper l’herbe sous le pied des révolutionnaires. Bismarck, les travaillistes anglais, la droite gaulliste ont consenti à des compromis historiques parce qu’il fallait sauver le système. Ainsi, les réformes sociales-démocrates ont-elles vu le jour sous la pression de mouvements révolutionnaires. Depuis que ces mouvements se sont affaibli, la sociale-démocratie est devenu social-libéralisme, et les réformes sont devenues des régressions.