Je crois aux changements et l’ère des grandes surfaces aura forcément une fin.
Un changement de tendance se fait parfois sur des petits riens.
Par exemple, il suffit que dans des BD on dessine une Cellutite tirant un caddie à deux roues en tissu écossais pour que plus aucune jeune femme n’ose en tirer un et qu’en conséquence les marchés et les commerces de proximité perdent une part de marché. (Les hommes, tirer un caddie en tissu écossais ? Plutôt crever !)
Or, toujours sur le registre de la caricature de l’homoroue à partir de l’engin qui nous porte ou qu’on pousse, le caddiman à 4 roues en a pris plein la figure et quasiment dès son apparition. C’est des millions de fois que l’image du chariot à pièces a été utilisée dans toutes sortes de film (dont des fins du Monde, des apocalypse), et jamais à l’avantage de celui qui le pousse. Il y a donc depuis presque 30 ans, une raillerie facile qui va à faire passer le pousseur de Cad x 4 pour un Bidochon, un zonard et un proclodo.
Faire ses courses dans une grande surface est dévalorisant et nous passons tous sous les fourches caudines banc rouge anti Manouche pour remplir notre frigo et notre réservoir. Nous avons supporté pendant 30 ans cette humiliation, ce face-à-face avec le ridicule de notre vie, chaque fois que nous sommes entrés dans ce genre de grande aire commerciale où les caméras et vigiles nous prennent d’emblée pour des voleurs.
Notre envie de trouver une solution moins humiliante est immense et le moindre relooking plus glamour de ces endroits nous offre une raison de persister à pousser encore et encore le chariot à pièce faute d’alternative meilleure.
Il faudrait donc des changements de données très profonds pour que nous en finissions avec ce caddie de la honte.
Et dans ce changement, le e-commerce joue sa part. Acheter les mêmes choses au même prix et au même Géant mais sans avoir à se sentir con de devoir danser pendant une heure avec son symbole grillagé et tintinnabulant sur une musique de cafard et un éclairage qui ne l’est pas moins, c’est la soluce qu’offre la vente sur le Net et la part de ce marché va en augmentant.
Les grandes surfaces sont prêtes à subir un quelconque lourd changement de données (dont le renoncement à la voiture par exemple) et à abandonner alors leurs structures physiques, leur immense parking. Mais elles resteront les maîtres du jeu en achetant de grands volumes, en nous livrant à domicile et les commerces plus petits devront d’une manière ou d’une autre s’approvisionner chez ces gros acheteurs.
Pendant que la très grande majorité des gens choisissent d’habiter près d’un centre commercial, d’autres, souvent beaucoup plus riches mais pas toujours, font un point d’honneur d’habiter dans un endroit, par exemple les coeurs des villes, où il n’y en a pas, où ils ne peuvent même pas être soupçonnés de savoir ce qu’est un chariot à pièces. (Je connais des familles, logées Avenue de l’Opéra, qui sont dans cette ligne de pureté).