Technocrates !
Planificateurs !
Attalistes !
Evidemment qu’il faut du sérieux, c’est-à-dire de l’objectif. Mais la vie de Sparte n’est pas un jeu d’échecs. Dans la vie de Sparte, soudain, au détour de circonstances bizarres, il peut être décidé que le suicide collectif est la meilleure solution.
Alamo, les Thermopyles, les kamikazes, Roméo et Juliette, ça montre qu’en certaines occasions l’homme prouve de façon éclatante que le rationnel, qui semble en principe l’emporter, est en réalité dominé par des préoccupations magiques.
Pour tous les hommes, il s’offre la voie du laboureur. On s’échine au labeur, on a de quoi manger. Or la majorité des hommes qui pourraient labourer visent autre chose et si on ne voit pas ça, on planifie pour rien.
C’est que le labourage n’est pas suffisamment magique. Certes on plante une graine, on en récolte 10. Mais, c’est il y a bien trop d’impondérables et dès qu’on ralentit la cadence, la récolte diminue. Ca reste trop mortel, trop angoissant, pas suffisamment miraculeux.
Alors l’homme se tourne vers d’autres activités ou passions qui lui semblent plus porteuses de magie. Tiens la beauté par exemple. Ya pas de beauté dans le travail des champs. Alors qu’en regardant une belle femme on y voit comme de l’immortalité. Et voilà qu’on délaisse la laide charrue pour tailler des obélisques, des colonnes et des Vénus de Milo.
Qu’est-ce que tu vas essayer de fourguer ta salade d’actuaire et de logicien à des gens qui sont prêts à tuer père et mère pour posséder la Joconde, la Toison d’or ou le Graal ?
Qu’est-ce que tu vas proposer tes méthodes analytiques à un Christophe Colomb qui n’a qu’une obsession qui consiste à aller au-delà de tous les horizons connus ?
Des analystes, il en faut. Mais ils doivent rester dans l’ombre. Le roi, lui, doit sembler porté par un souffle magique, une inspiration surhumaine et irrationnelle susceptible de pondre chaque matin une merveille. Louis XIV, plus long règne de France en est l’archétype.
Le bon politique est celui qui confère à son peuple une impression d’immortalité. C’est en raison de ce viscéral besoin que le roi soit immortel que les règnes durent souvent des décennies et que des Chefs sont réélus malgré leurs désastres objectifs. Il faut donc que le candidat ait déjà quelque chose du phénix et ensuite, une fois sur le trône, le peuple fera son immortalité en le reconduisant sans fin, malgré ses facéties. Le peuple fera aussi son ubiquité, son intemporalité, son infinité en parlant tout le temps de lui, en le panthéonisant, etc.