L’Oulipo, Vous me rangez dans l’Oulipo ?
Ahhhrr ! J’en suis meurtri.
Vous n’avez pas compris ?
Logique.
Vous ne sortez pas de votre bulle. On ne vous voit pas intervenir dans les bulles des autres.
Jusque là vous suivez ?
Dans votre bulle, il y a un dépit énorme de n’être pas reconnu et donc une jalousie de ceux qui le sont. Vous employez donc votre énergie à deux fins : l’une consiste à essayer de produire quelque chose qui vous vaudra reconnaissance, l’autre consiste à vous gausser de ceux qui prennent la lumière et semblent se l’accaparer.
Là vous comprenez ce que je dis ?
Par ailleurs et pour moi qui avais maraudé sur les mêmes bancs que vous avant de virer très manuel, pour moi qui ai constaté la mort du dieu travail (au sens stakhanoviste), j’ai toujours espéré que des dieux surgiraient de la pensée universitaire. Puisque dans ma jeunesse, seuls les profs de fac m’avaient implanté des débuts de rêve dans le domaine de l’entreprise, de l’action, de l’ambition professionnelle. A l’époque, il n’y avait pas de Bill Gates et Rothschild me donnait une impression de vieille poussière. Je surfais donc sur les dieux que Marie-Curie avait sinon inventés, au moins consolidés. La côte de baleine, la tranche de séquoia de l’entrée Cuvier du Jardin des Plantes constituaient mes autels.
Mais il y a eu tant de désillusions par la suite. Tant de tremblements-de-terre qu’on n’a pas su prévoir, tant de marées noires, tant de bébés phoques ensanglantés, tant de Tchernobyl et de lait à la mélamine que mes idéaux se sont effondrés.
Oh, c’est constamment que je jette quand même un coup d’oeil du côté du Collège de France, mais il n’en sort rien, désespérément rien. Toujours pas le moindre début de lévitation ou de mouvement perpétuel.
Ici, vous êtes le seul représentant déclaré de l’Université. Et c’est très souvent que vous vous efforcez de démarrer une mayonnaise susceptible d’être adorée. Je vous lis donc souvent. Mais bon...elle ne prend pas. Vos essais sur le tropisme des apex végétaux sont encombrés de termes pseudo savants prouvent que vous ne tenez rien, que vous faites de la fumée et que vous gossez des crottes de nez.
Je vous en veux donc d’échouer à me faire rêver à nouveau. C’est forcément injuste de ma part tant la mission que je vous impose est difficile mais vous vous posez en savant, n’est-ce-pas.
Le plus grave n’est pas exactement votre échec à inventer un dieu. C’est que je vous vois contaminé par le dieu Fric. Non pas que vous l’encensiez, non, vous vous en gaussez. Mais justement, Marie-Curie ne se serait pas égarée à parler de DSK ou du système qui fait les DSK. Nez dans le guidon, elle en serait restée à ses athanors. Strictement à ses athanors. Haroun Tazieff aussi.
Ce n’est pas en s’épuisant à cracher sur un dieu inintéressant qu’on fabrique un dieu intéressant.
Là vous comprenez mieux ?