« »« »« J’abuserais trop de ma faible raison, si je cherchais à comprendre pleinement l’être qui par sa nature et par la mienne doit m’être incompréhensible… « Jusqu’à ce qu’il (l’homme) comprenne qu’il est un monstre incompréhensible. » « »« »« »
Félicitations à celui qui a eu l’idée de rapprocher ces deux pensées (c’est vous ?)
Il me semble que cette difficulté à comprendre tient au verbe.
Nous serions télépathes, nous nous comprendrions.
Le verbe a été conçu pour dire quelque chose de l’Homme, mais certainement pas sa réalité. Et ce quelque chose c’est la chose sociale donc compréhensible (à langue, à culture et à instruction égale)
Une fois le verbe inventé pour ne dire de nous que le compréhensible, certains, pas tous, tirent à mort sur ses possibilités pour essayer de dire l’incomprehénsible et l’ineffable.
Tiens, prenons l’orgasme par exemple. On ne peut pas le dire. On le vit beaucoup plus qu’on ne peut le dire. Et par-dessus le marché, si d’aventure on se mettait à penser à le dire pendant qu’on l’éprouvât, on ne serait déjà plus dans l’orgasme.
Il serait plus facile d’expliquer à un Martien ce qu’est un mal de tête ou de ventre qu’un orgasme. Très difficile aussi d’expliquer à un né aveugle, ce qu’est la vue, la couleur...
A force de s’y employer, avec infiniment de pugnacité et de patience, on parvient, avec ce verbe conçu pour le compréhensible, de dire presque l’ineffable.
Il est possible, avec beaucoup de temps, d’expliquer comment on devient DSK (en son entier)
La Justice, lors de ses jugements, par le temps qu’elle offre au procès, tend à permettre cette compréhension. Mais concrètement, elle n’offre pas encore assez de temps et n’approche que de moitié, les ineffables.
D’où les livres, les séries de livres qu’écrivent les gens (toujours sur eux-mêmes en réalité) pour se faire comprendre un peu mieux. Il faut à peu près 200 000 mots pour commencer à comprendre l’incompréhensible d’une personne ou de l’Homme. Et il faut en avoir envie (Il existe des cultures où il n’est pas concevable d’entrer dans l’étude d’autrui, pas même de soi).
Mais ces 200 000 mots doivent également et surtout s’appliquer sur le passé, sur le vécu, sur l’enfance de la personne qu’on cherche à comprendre. Ce qui n’est pas facile du tout si la personne étudiée est morte ou si elle ne dispose pas des archives sur son histoire.
200 000 mots sur un fonds historique, c’est très au-delà de l’immédiateté, de l’actualité et de la catharsis. Pour hurler tous ensemble dans une manif, sur un stade, dans un lynchage, il ne faut surtout pas dépasser les 5 mots et ne surtout pas évoquer l’histoire complète. Il faut procéder de tris, de symboles, de raccourcis et de lieux communs.
Il est évident qu’on peut comprendre comment on devient un DSK, mais on verra ça plus tard. Pour l’instant, l’urgence est de l’égorger ou plutôt le lapider tant il y a de justiciers et de purificateurs au portillon. Et puis il faut crier quelques mots simples, bien sonores, des mots qui claquent.
Les injures, les accusations infamantes ont été inventées à cette fin, ce serait dommage de ne pas s’en servir quand on peut le faire sans risque.
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