Oh ! pardonnez-moi, écrivains sublimes, que rien n’arrête, pas même les
contradictions. J’ai tort, sans doute, et je me rétracte de grand
coeur. Je ne demande pas mieux, soyez-en sûrs, que vous ayez vraiment
découvert, en dehors de nous, un être bienfaisant et inépuisable,
s’appelant l’État, qui ait du pain pour toutes les bouches, du travail
pour tous les bras, des capitaux pour toutes les entreprises, du crédit
pour tous les projets, de l’huile pour toutes les plaies, du baume pour
toutes les souffrances, des conseils pour toutes les perplexités, des
solutions pour tous les doutes, des vérités pour toutes les
intelligences, des distractions pour tous les ennuis, du lait pour
l’enfance, du vin pour la vieillesse, qui pourvoie à tous nos besoins,
prévienne tous nos désirs, satisfasse toutes nos curiosités, redresse
toutes nos erreurs, toutes nos fautes, et nous dispense tous désormais,
de prévoyance, de prudence, de jugement, de sagacité, d’expérience,
d’ordre, d’économie, de tempérance et d’activité.
Frédéric Bastiat, 1848