Dans mes deux premiers paragraphes, je mentionne l’arrogance de celui qui parle du chameau alors qu’il n’en est pas un. Ca fait donc penser à un jugement moral.
Le jugement moral, comme fin, ça ne m’intéresse jamais.
Et j’excuse toujours les mauvaise attitudes de l’homme, parce que c’est humain. Du reste, je développe bien des raisons qui font que les gens du XVI ème peuvent dire ce qu’ils pensent de Bobigny.
Ce qui m’intéresse, c’est le fait que ces jugements de l’extérieur (ou de l’intérieur de sa propre bouteille) sont secs de fructifications. Ce n’est pas tant qu’un médecin de 1880 écrive qu’un Congolais ne sait ni marcher ni respirer qui m’intéresse mais le fait que l’exposé de cette vision (qui est une production, un travail) est stérile.
Or, la stérilité dont j’ai parlé à la suite de l’arrogance, c’est bien cela qui est au centre de votre propos non ?
Que vous, pour des raisons qui vous sont propres, vous cherchiez à éviter les qualitifcatifs comme « arrogant » je le comprends. Mais ça ne doit pas vous empêcher pour autant de voir qu’il est possible de recourir à ce qualificatif sans en faire une fin. Et la fin de mon propos n’est aucunement dans la condamnation de l’arrogance (tellement humaine et universelle même si le Blanc en est un parangon).
C’est la stérilité qui est le seul problème.
La stérilité ou la mauvaise fructification.
Et en l’occurrence, le plus mauvais fruit que les regards arrogants ont produit, c’est l’habitat où des familles différentes sont contraintes à la promiscuité. Ce qui n’est pas récent mais qui n’a fait qu’augmenter en volume.
Vous, ici, face à la stérilité, vous préconisez l’écoute véritable. Autant dire l’immersion.
Moi, je n’ai pas à m’y immerger ni à écouter vraiment, puisque j’en étais.
Sans bien comprendre pourquoi à l’époque, j’ai tout fait pour fuir cette bouteille là et c’était pourtant l’époque où les balcons des barres étaient souvent garnis de géraniums, où les concierges étaient à la fois craints et respectés tels des surpères.
Toujours sans comprendre exactement pourquoi, je me suis dirigé vers un tout autre type d’habitat que les barres. Un brave m’aurait alors interrogé et bien écouté, il n’aurait rien entendu de mon mutisme sinon quelque lieu commun que j’aurais récité pour meubler mon idiotie tout aussi commune.
Je vous dis donc qu’il n’est pas très utile d’aller « bien écouter » ceux des barres sinon pour entendre parfois de leur bouche ce que notre propre inconscient a déjà compris.
Que nous soyons de la Courneuve ou de Versailles, suivons une psychothérapie, une introspection sur nous-mêmes en gambergeant à notre malaise et en moyenne des cas, nous verrons ressortir le fait que l’habitat en clapier nous humilie.
(Et je considère qu’un immeuble haussmannien est situé à la limite la plus favorable de cette mauvaise condition de base mais qu’il est bel et bien toxique de cette dignité)
Il existe encore sur Terre, deux pôles d’habitat. L’un qui fait de chaque homme un aigle, un loup, un ours ou un lièvre, l’autre qui fait de lui un termite ou une fourmi (rares, très rares bestioles vivant une totale promiscuité)
Si on ne réfléchit pas à ça, si, cherchant à comprendre pour résoudre nos malaises sociaux, nous focalisons sur le fait de l’immigration, nous ratons l’essentiel.
La plus grande révolution que nous pourrions réaliser consisterait à casser l’habitat au-dessus de R+2 et à étaler, à essaimer l’urbanisation. Tout le reste suivra.