Dès la première scène, Don Juan tente de violer Donna Anna, fiancée à Don Ottavio. Surpris par le Commandeur, père de la jeune femme, Don Juan le tue dans un combat inégal. Par la suite, il tente de violer la paysanne Zerlina, elle aussi sur le point de se marier. Il ridiculise Donna Elvira, qu’il a épousée puis abandonnée. Même vis-à-vis de Leporello, son valet et complice, il n’a aucune loyauté : il menace de le tuer à plusieurs reprises, séduit sa belle… Pourtant, au moment où la statue du Commandeur l’entraîne aux enfers, son courage et son refus de se repentir – « No », répète-t-il huit fois – forcent l’admiration. Alors, grand seigneur ou méchant homme, violeur ou séducteur, force brute ou homme libre, qui est vraiment Don Juan ?
Il est de bon ton pour ceux qui n’ont apparemment jamais lu Don Juan, que ce soit celui de Tirso de Molina, celui de Molière ou celui de Mozart-Da Ponte, de faire preuve d’indulgence envers ces irrésistibles séducteurs. Sauf que lorsqu’on prend au sérieux leurs bilans (« Ma in Spagna son gia mille et tre »), on commence à soupçonner que les hauts faits de ces attachants personnages relèvent en réalité du viol, de l’abus de pouvoir - et de l’achat de faveurs. Casanova et Don Juan troussent les humbles, violent les oiselles, trompent les femmes de leur monde, ou tout simplement achètent des faveurs - mais ils ont tellement d’argent ou de pouvoir que ça ne leur coûte rien, sinon la syphilis qu’ils répandent joyeusement...
On voudrait nous faire croire qu’agir ainsi, c’est aimer les femmes. Soyons sérieux : n’est-ce pas plutôt les haïr ?
lire donc qui est casanova, un violeur....