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easy 1er novembre 2011 12:49
easy

La grève du sexe

La grève du sexe n’est pas qu’une grève du sexage.

Il y a une commodité de langage qui oblige en partie au recours à ce raccourci imagé. Mais en rester là, surtout à l’occasion d’une critique d’un film où il en est question, est bien dommage.

Ce que ce film prouve c’est précisément que le sexage ne se réduit pas à un geste physique.

Une poignée de main ce n’est pas qu’un serrage de main,
Une poignée de main indique un sentiment, en l’occurrence amical ou au moins d’urbanité.

Tous les gestes que nous faisons, surtout ceux qui touchent vraiment le corps de l’autre, sont des gestes qui expriment une pensée, un sentiment.

Même le fait de se tenir par les épaules, de se tenir par la main, par le bras, le fait de s’embrasser avec la langue, de se biser le front, tout cela indique un sentiment d’accord, de pacification, de fraternité, d’entente, de mensuétude, d’affection, de tendresse, d’attachement, de partage, de solidarité.

De tous ces gestes, celui de l’acte sexuel est celui qui démontre le plus le sentiment d’accord, jusqu’à la fusion (bien que ce concept soit si décrié depuis un siècle)

C’est précisément parce que ce geste ne peut s’accomplir sans une parfaite entente sur tous les sujets entre deux personnes qu’il ne peut pas se réaliser quand ces deux personnes sont en désaccord sur un point important de leur vie.

La terminologie de « grève du sexe’ est née depuis peu et fait suite au recours du mot grève à tout propos depuis qu’existe le syndicalisme.


En aucun cas, un mari et son épouse ne peuvent faire l’amour s’ils sont en désaccord total sur un point important de leur vie civile et familiale. Cette expression »grève du sexe« trop syndicaliste n’est donc d’aucune utilité dans la compréhension du clash.

Même le sens plus privatif de »priver son conjoint« est absurde. Deux personnes qui sont en profond désaccord ne se privent pas mutuellement. Elles n’ont pas envie de se toucher puisque se toucher tendrement acte un accord.
Il peut exister chez l’un des deux conjoints un petit côté »Je le punis en le privant et c’est bien fait pour lui" mais c’est alors une pensée par dépit, c’est une manière de se donner l’impression d’avoir quelque pouvoir sur une situation sur laquelle on n’en a réellement pas. Car on ne peut vraiment pas sexer avec quelqu’un avec qui on est fâché. On le voudrait qu’on ne le pourrait pas.

Dans cette histoire, c’est le fait qu’à un moment donné tous les hommes et toutes les femmes d’un village se sont retrouvés en opposition sur un même point que ça ne pouvait aboutir qu’à une abstinence généralisée ; Ce n’est que parce qu’elle était généralisée qu’il a été possible de la qualifier de grève (où il y a toujours une notion collective)

Il ne faut pas faire de la relation sexuelle tendre l’alpha et l’oméga de cette histoire alors qu’il n’est que le geste intime par lequel on acte le mieux son accord plein et entier.


Magritte rappelait d’un dessin de pipe qu’il ne s’agissait pas d’une pipe.
Une signature au bas d’un contrat n’est pas l’accord, ce n’est que le geste qui acte, prouve et scelle l’accord.
Idem pour le mariage, une danse ou un baiser.

Il y certes un peu de l’oeuf dans la caresse, il y a de l’oeuf dans le désir, mais l’oeuf est principalement dans l’entente intellectuelle (souvent issue du partage d’une galère commune donc d’une solidarité passée, présente ou à venir)



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