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easy 20 novembre 2011 11:45
easy

Le progressisme a toujours cours, bien qu’il en ait pris un coup dans l’aile depuis 50 ans avec l’apparition des problèmes écologiques (qui en découleraient, qui n’en découleraient pas...)

Ce progressisme (effectivement lié à la Renaissance) est peut-être (je n’en sais rien vraiment) un retour à un concept qui aurait existé chez les Anciens Grecs et Romains (Je serais intéressé de savoir s’ils étaient ou non portés par ce concept).

Il me semble que pendant la période qu’on appelle Moyen-âge, les gens ne se sentaient pas supérieur à une date donnée que ceux de 15 ans plus tôt. Que ceux de l’an 900 ne méprisaient pas ceux de l’an 700, qu’ils se se voyaient pas plus évolués que leurs ancêtres.

Bien sûr qu’il y a eu des améliorations, performances et records accomplis en toute époque mais on peut voir un nouveau record comme un nouveau record inscrit dans l’Histoire globale, non comme inscrit dans le seul moment où il est réalisé.

Par exemple : Si un forgeron de l’an 900 se voit en train d’innover en proposant pour la première fois une serrure d’un certain principe, il va considérer qu’il apporte un plus à l’Histoire de l’humanité tout en reconnaissant que sa page se pose par-dessus les précédentes QUI ETAIENT NECESSAIRES. La filiation, l’héritage n’est alors pas invalidé et il ne lui viendrait pas à l’esprit de considérer les anciens comme ayant eu le front bas. 
Il n’aurait alors pas proféré d’injures du genre « Pfff, on se croirait au Moyen-âge, au temps des cavernes ! ». Le passé ne lui servait pas de repoussoir.


Puis, à la faveur de je ne sais quel fait nouveau, la mentalité a basculé dans le mépris du passé et les innovations sont apparues comme uniquement liées au moment présent avec un fort déni des apports du passé. Mais pour mieux piocher, piller l’Antiquité qui ressortait alors comme détachée. Le très grand passé pouvant être réécrit à volonté, il ressortait aux gens de la Renaissance, puis après la période baroque aux néoclassissiques, comme posé sur des nuages, comme appartenant à quelque Olympe. 

Le Moyen-âge, bien plus proche, est alors devenu un repoussoir ainsi que l’époque pré-antique et préhistorique des cavernes. 

Tout se passe comme si depuis la Renaissance, on s’est mis à avoir honte du père, du grand-père et des arrière grands-pères pour n’accepter comme ancêtre que quelque entité hyper ancienne qu’on pouvait triturer, dorer et diviniser à volonté.

Et depuis ce virage progressiste (où les inventeurs du jour dénient les apports du passé), le Moyen-âge est devenu un repoussoir, une honte.

Pourquoi ? 


Je ne sais pas bien pourquoi ou comment s’est opéré ce virage mais je le lie à l’échec fondamental des croisades. 

Les croisades représentaient un objectif spirituel constant à travers une poignée de siècles. Cet objectif rendait les progrès matériels dérisoires ou peu importants. Du coup ceux de cette longue période se sont sentis portés par un seul et unique objectif : métaphysique. On était si croyant qu’on affrontait le bûcher plutôt que de renier sa foi.

Mais l’échec répété des croisades, l’impossibilité d’inscrire le tombeau du Christ dans notre périmètre nous a conduits à orienter nos objectifs de manière plus interne. Nous nous sommes alors très durement affrontés en famille. Si durement qu’il nous a fallu orienter notre agressivité ou rancoeur vers le lointain, mais vers un autre lointain que Jérusalem, vers le reste du Monde. Nous avons alors commencé une autre forme de croisade, le colonialisme.

Ainsi l’Antiquité grecque et romaine d’avant Constantin 1er nous convient paradoxalement mieux que le Moyen-âge, que le temps des cathédrales qui contient la preuve de notre échec spirituel.


Après la dernière croisade, donner sa vie pour délivrer un très vieux tombeau est devenu absurde. Après 1280, nous nous sommes rabattus vers le concept de patrie, nous nous sommes mis à dessiner de plus en plus clairement nos frontières et nous avons commencé à devenir progressistes, matérialistes, jeunistes et futuristes. Alors en 1469, surgit pour la première fois l’expression « Moyen-âge » qui est dénotée obscurément.

Et depuis ce virage, on a accordé beaucoup moins d’importance à l’orientation au Levant du choeur des nouvelles églises. 

Nous finirons par ne plus jurer sur la Croix ou la Bible et par jurer de plus en plus sur la tête de nos enfants.



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