Quel que soit le martèlement d’une idée, s’il produit effectivement 90% de suiveurs, il produit systématiquement 10% de résistants.
Jamais, jamais il n’existe de populations unanimes, même sur un sujet.
Quand on fait de l’analyse sociologique, il y a des raisons pour considérer les 90% de suiveurs du martèlement (suiveurs question par question, nul n’étant suiveur sur toutes les questions à la fois). Ni Milgram ni Asch n’ont trouvé 100% d’influencés.
Il y a de bonnes raisons de dire les 90% quand on veut dire leurs conséquences.
Mais on ne décrit pas la nature humaine totale si l’on ne parle que des 90%, si l’on élude les 10% de résistance.
Quand on voit les Occupy WS manifester, on peut dire que leurs efforts, très minoritaires, sont vains et que s’il est logique d’en parler en tant qu’info parce que la manif est saillante ou spectaculaire, il est aussi logique de considérer que ses effets nuls.
Mais on se tromperait alors. Les quelques individus qui campent sous la pluie traduisent l’existence d’un 10% global de l’humanité mais aussi d’un 10% de résistance individuelle.
La présence formelle des quelques OWS permet à 100% des gens de formaliser quelque peu leurs 10% de résistance intime qui peut alors plus facilement s’exprimer (parfois sur un autre sujet)
Pour ce qui est de songer, chacun est très libre. Mais pour ce qui est de parler et surtout d’agir, chacun est fortement contraint au binaire. Il est très difficile d’agir en décimales et bien plus « facile » d’agir en entiers et plus exactement en OUI NON, en 0 1
Le fait que nos actions, surtout sociales, soient contraintes au binaire (on entre ou on n’entre pas dans un ascenseur, on s’y tient face au fond ou face à la porte), ne signifie pas que nos pensées soient exactement aussi binaires. Nos idées comportent des décimales, difficiles à exprimer, nous conduisant à des choix d’actions un coup en OUI un coup en NON, donc ambivalentes, paradoxales et c’est ce qui fait que le Monde « avance » de manière hésitante, ultra complexe, sans que jamais ce qui semble être une direction prise soit définitive.
Le passage du songe au verbe et à l’écriture nous oblige à passer de la confusion au binaire. C’est ce qui nous fait dire que le fait d’écrire nous permet de clarifier nos idées. Heureusement que nos songes restent brumeux et imprécis, c’est cela qui offre la plasticité de notre pensée.
Lorsqu’une masse entend, je cite votre texte « « avec Internet les mensonges politiques sont quasi impossibles parce qu’ils sont immédiatement dénoncés et corrigés par les internautes » », tous les individus qui la composent reçoivent cette assertion avec circonspection. Chacun entrevoit une réponse mitigée mais ne voit pas comment exprimer son hésitation et se retrouve à devoir trancher pour oraliser. Pour parler, chacun tranche et c’est alors qu’on voit 90% des gens confirmer l’assertion et 10% l’infirmer.
Il n’y a 90% de suiveurs que sur une assertion donnée et il suffit qu’une assertion inverse soit livrée le lendemain pour que 90% des gens la suivent aussi. Mais ce ne seront pas les mêmes. Il n’y a de mouton permanent que statistique puisque les stats ne nomment pas les individus.
Les Aborigènes ne pigent pas le concept de statistiques. Ils ne peuvent même pas dire « J’ai quatre enfants » Ils ne savent pas compter et ne peuvent que nommer alors ils disent « J’ai Adrien, Sandrine, Victor et Hélène ». Ici, nous procédons probablement trop du chiffre.
Il était logique que Milgram et Asch soulignassent les 90% qui ressortent d’une question posée tant l’effet de cette masse est important, ne serait-ce que dans les lynchages. Il était logique qu’ils déterminassent qui était le réfractaire dans le cadre d’une question.
Mais qu’ils posent cent mille questions à leur cohorte et ils verront que si face à chacune des question il y a 10% de résistants, au bilan des cent mille questions, chacun aura été tour à tour un résistant et aussi un suiveur. Il n’existe ni d’individu faisant toujours partie des 90%, ni d’individu faisant toujours partie des 10%
Ainsi, quand on ne parle que du suivisme de l’homme, on est très loin d’en parler complètement et on ne fait que jouer de facilité sophiste.
Les journalistes ? Pris la main dans le sac ?
Voilà une assertion en leurre typique.
Alors qu’il n’y a pas de main, alors qu’il n’y a pas de sac, vous inventez gratuitement une scène très stigmatisante où vous prétendez les avoir surpris en plein vol et les voilà malfrats.
A part ça, les extraits que vous reportez ici ne comportent rien de démonstratif (tant du point de vue des journalistes auteurs de ces extraits, que du vôtre) sur la question de l’apport du journalisme au développement du sens civique.
Le civisme est le respect ou le dévouement du citoyen pour sa société en sa survie, en ses conventions, codes et lois.
A bien comprendre que le civisme ainsi défini inclut la notion de société qui est en réalité un ensemble de sociétés de périmètres différents et que confronté à l’égo, il représente un idéal que les plus civistes ne parviennent jamais à atteindre. Entre soi et les autres le coeur de chacun balance.
S’il est évident que les pompiers et les policiers ont la réputation de pratiquer un haut civisme, ils commettent des erreurs et tout le monde sait qu’ils ne sont pas parfaits.
Le métier de journaliste fait certainement partie de ceux qui démontrent un souci d’éclairer, de sauver, de préserver, d’aider le peuple. Mais contrairement aux pompiers particulièrement muets, ils influent énormément sur les opinions et jugements des gens, autant ou presque autant que les philosophes ; les cinéastes ; les politiques ; les écrivains ; les présentateurs ; les prédicateurs ; les prêtres ; les professeurs ; les généraux ; les publicitaires ; les procureurs ; les avocats ; les scientifiques ; donc de tous ceux qui parlent, qui écrivent, qui proposent des images à regarder, qui se jalousent et qui ne sont pas parfaits.
Le public est habitué à recevoir les influences de tous ces parleurs rédacteurs danseurs musiciens imparfaits. Et de la masse énorme d’influences diverses et contraires, chacun fait sa pelote. Comme jamais deux personnes n’ont les mêmes dispositions ni ne reçoivent les mêmes bouillies, comme chacun a ses résistances et allergies particulières, il en résulte que pas deux individus n’ont les mêmes pelotes.
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