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easy 6 janvier 2012 16:06
easy


Des génocides, il y en a toujours eu à travers l’Histoire.

Mais de tous, en partie parce qu’il est récent et géographiquement proche, en partie parce qu’il a été massif et hyper systématisé voire industrialisé, en partie surtout parce que ceux qui l’ont commis en sont sortis perdants, celui commis par les Nazis est devenu la référence absolue.

Du coup, tous ceux qui le dénoncent, et il y a de quoi le dénoncer, se retrouvent pris en ciseaux avec leurs propres méfaits du même genre mais plus anciens ou plus lointains ou moins massifs ou moins industriels et surtout moins photographiés, filmés, moins prouvables donc.

(A Bordeaux, les milliers de représentations de la traite négrière ont été effacées des monuments et palais. Alors qu’à l’époque on se bousculait pour représenter sur tous les murs de France et de Navarre la supériorité des Blancs sur les Nègres du Monde, on a du mal à en trouver des traces de nos jours. Même la façade de l’ancien Musée des colonies de la Porte Dorée nous gêne. Par contre, pour les camps Nazis, on tient à les conserver intacts, comme preuve. Des fois que les Allemands soient à leur tour saisis par le prurit du palimpseste)

Comment dénoncer depuis un trône, en toute solennité, la cruauté des Nazis sans dénier ses propres cruautés ?
Comment condamner quelqu’un en posant sur la table ses propres crimes ?

Un procès n’est pas du tout un débat.
Un procès c’est un des biais qui permet à celui qui dispose de la force , de légitimer sa sanction ou sa vengeance.
Le procès de Nuremberg n’était pas un débat où les Nazis pouvait exposer les horreurs perpétrées par les vainqueurs.

« Ici, c’est Moi qui pose les questions. C’est Moi qui mène les débats » dit le Juge saint

Car dans notre univers très légiste où même notre sort dans l’Au-delà dépend du Jugement d’un saint, il faut forcément que celui qui sanctionne, qui torture, qui punit, qui décapite et emprisonne, soit un saint
 
Dans notre univers, le Juge ne doit pas se voir opposer « Que celui qui n’a jamais péché lance la première pierre »
Cette assertion peut à la rigueur être posée dans la rue mais pas en Cour de Justice.

Juste après 1945, les Allemands, par miracle, on baissé le regard et ont admis leur très grande faute, laissant alors tranquille la conscience de leurs vainqueurs, même de ceux qui avaient violés les Berlinoises. Idem pour les Japonais vaincus.

Mais au fil des années, au fil des générations, arrivent des jeunes qui ne voient pas trop le besoin de baisser les yeux devant les donneurs de leçons de 1945. D’autant que depuis, les Juges de Nuremberg ont collectionné les crimes.

Pour le pas risquer un retour de flamme, les Juges d’hier auraient été avisés de se faire oublier, de laisser leurs propres turpitudes comme celles des Nazis et consors se diluer dans le brouillard du passé.

Hélas, il y a encore et toujours des soiffards de points Godwin. 
Encore et toujours, quand on ne sait plus quoi argumenter de mieux, on se hausse de sainteté en reconvoquant Hitler à la barre. Celui-là, il est indéfendable, ça c’est sûr. On gagne donc à tous les coups.

Un gouvernement est-il en train de chavirer qu’il ressort sa panoplie de Juge Cristal et du haut de quelque tribune, se met à condamner quelque génocide au loin.

Or, depuis 1945, les Juges de Nuremberg ont collectionné les crimes. Ceux là fermement déniés, position de Juge de Nuremberg oblige.

Pas l’air con le Juge Sarko quand la Turquie lui renvoie dans la figure les crimes que la France a commis en Algérie.

Je gage que la Turquie-pas-Juge, ne se retrouvant donc pas trop obligée à une posture de d’Archange Gabriel, sera plus prompte que la France-Juge-de-Nuremberg à reconnaître ses crimes 



Quand on se pose en Juge, surtout à une échelle étatique, et surtout si l’on condamne sévèrement, on est très, très inconséquent ou inconscient.

Car faire torturer ou pendre quelqu’un à l’issue d’un jugement où l’on est le plus fort, pose de graves questions de conscience le jour où l’on est le nez dans ses propres crimes. « Puisque je me découvre criminel, puisque je ne suis pas aussi pur que je le croyais, avais-je le droit de juger et de faire électrocuter quelqu’un ? »
 
Il faudrait être absolument certain d’avoir été toujours saint et surtout de le rester jusqu’à sa mort, pour se permettre de juger sévèrement.



Jésus aurait été mieux avisé de dire 
« Que celui qui n’a jamais péché et qui ne péchera jamais lui jette la première pierre »



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