Salut Papy,
J’aime cette histoire des bourgeois de Calais et vous remercie de l’avoir rappelée
Vous exhumez d’abord un exemple de représentation physique de responsables.
Dans cette histoire il y avait trois parties et chacune, même la cité, était clairement représentée par des personnes physiques se proposant en entièreté absolue. Ces bourgeois étaient allés très au-delà de leurs responsabilités originelles selon nos codes actuels mais à l’époque, ça correspondait à peu près à ce qu’on attendait des princes (ou riches bourgeois)
Puis, vous demandez que Marianne fasse le geste de ces bourgeois
Vous démontrez que nous sommes dans une situation en ouroboros
Notre hystérie révolutionnaire nous avait poussés à désincarner les chefs en croyant pouvoir demander aux devises, aux Nounours, aux Marianne, aux Mairies, aux Assemblées, aux Constitutions, aux administrations, à la Patrie, à l’Assistance Publique, à la Police, aux Citroën, de se comporter de manière parfaite.
Or une personne morale qui pense selon une constitution ou un statut, qui ne souffre pas de la faim, de la solitude, qui ne meurt pas, n’est pas un individu et relève davantage de l’objet. Demander à des quasi objets de se comporter comme des humains, comme d’excellents humains ou ne serait-ce qu’avec des éclats humains, c’est se berner d’illusion, c’est de la superstition.
Ce n’est pas demain la veille qu’un Nounours ou qu’une Assemblée fera un geste de magnanimité. Demandez à un tribunal un geste exceptionnel, il vous répondra qu’il ne le peut pas parce qu’il n’est pas conçu pour ça.
Sauf à avoir été expressément constituée à cette fin, une assemblée d’êtres humains n’est ni généreuse, ni miséricordieuse, ni courageuse, ni juste, ni amoureuse, ni romantique, ni câline
Votre cri me semble donc synthétiser notre contradiction actuelle.
D’un côté nous hurlons que Sarko et Berlu incarnent trop et agissent trop en êtres humains ; de l’autre nous réclamons encore plus de fétiches républicains et démocratiques qui sont pourtant secs de sentimentalisme.
Rien n’est plus froid que la démocratie.
Rien ne délivre autant le sentiment d’être abandonné, désindividualisé et dévalorisé que cette ambiance où tout se décide par le biais d’Assemblées et d’Associations
Déjà pour un roi, le problème se posait. Il n’était pas censé agir ou réagir en tant qu’individu (Les Anglais ont été les premiers à limiter les possibilités d’un roi à faire selon son bon vouloir. Magna carta)
Mais implicitement, chacun se doutait bien qu’un roi restât un être humain. Tout se passait donc en balance constante entre un explicite représentatif d’assemblée et un implicite personnalisé
C’est cette double acception de ce que devait être un roi qui lui permettait, ici et là, de temps à autre, de casser le jugement d’une assemblée, de gracier un condamné ou de promouvoir un jardinier.
De nos jours, chacun réclame que tout passe par des assemblées. On se retrouve alors avec pléthore de représentants et chacun de nous grelotte d’un sentiment d’abandon ou d’un sentiment d’insignifiance sociale qu’on essaye de compenser par quelque Facebook ou Agora.
Il y a eu des rois lépreux, des rois aveugles, des rois fous, des rois amoureux, des rois laids, des rois bègues. des gros, des petits, des grands, des homos, des bis, des femmes, des enfants. N’ayant jamais été choisi ni pour leur physique ni pour leur discours ni pour leurs promesses, ni pour leur charisme, ils n’ont jamais été raillés pour leurs imperfections.
Mais depuis un siècle, en démocratistes de plus en plus entêtés, nous voulons des Assemblées et des Présidents objets parfaits.
Nous voulons que le Président fusionne ou se fonde dans l’Assemblée parfaite
Nous ne voulons plus de président, plus la moindre tête qui dépasse de nos assemblées. Nous ne voulons que de la pure assemblée, que de l’objet.
Nous sommes devenus comme Le Corbusier qui trouvait idéale et radieuse une ville où tout était aligné, prévisible et répétitif
Oui nous voulons Marianne l’idéale.
Hélas, Marianne ressemble peut-être à une maman selon les gougouttes qu’on lui a collées sur la poitrine, mais en réalité elle n’a ni coeur, ni âme, ni rien d’une tendre maman
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